Arraisonner la vie avec la biologie synthétique?

Il y a sans doute une certaine lassitude, un malaise à constater nos prises de distance vis-à-vis du catéchisme des nouvelles technologies, vis-à-vis de la « libération par la technologie » qui nous est promise comme une nouvelle « théologie de la libération »!

Et cela sous l’ombre portée de la conférence de Paris dont on peut apprécier diversement les résultats 1.

Certes aussi, ce serait une grave erreur de limiter les problèmes planétaires que nous connaissons aujourd’hui à la question climatique bien que tout (la faim et la pauvreté, les pollutions, la perte de la biodiversité, l’approfondissement du fossé Nord-Sud,l’exode de populations entières,…) soit lié d’une manière ou d’une autre à la question climatique… « Tout est lié » (pape François).

Chacun de ces thèmes font, ont fait l’objet d’analyses serrées, de tentatives d’ « explication » qui envisagent, qui en détaillent les aspects socio-économiques, environnementaux, éthiques,…

Si « tout est lié »,- et on en fait facilement la preuve-, une question va au-delà d’une constatation: « lié par quoi? Par qui? Comment? »

On peut incriminer les théories néo-libérales en cours, les multinationales et leur empire qui ignorent les frontières (et les lois), la frénésie consommatoire, « le paradigme technocratique globalisé »,…Autant de « points de vue » qui tentent de nous rassembler, de nous donner à « comprendre2 ».

Cette lettre est consacrée à la biologie synthétique3, comme outil d’arraisonnement de la nature.

« Arraisonner » (aborder un bateau pour l’inspecter, le visiter, l’examiner) ce n’est pas en soi , une mauvaise chose, la nature est un livre qu’il faut ouvrir et ce livre n’en finit pas d’étonner. Mais le dévoilement de la nature, son arraisonnement deviennent aussi une prise de possession, une capture, un viol quand des savoirs sont des outils au service de l’argent-roi, quand ils ne sont pas évalués, mis au service.

Les savoirs ? Ceux de la nature? ceux de l’homme ? Impossibles interactions à élucider, impossible écheveau à démêler ? Qui possède, qui a des droits ?

C’est à cette réflexion que devrait conduire la contribution annexée, notre lettre 46. Une humanité détentrice de nouveaux savoirs/pouvoirs ! Mais aussi à cette question cruciale : ces savoirs seront au service de qui ? Quel bénéfice pour une planète de plus en plus déséquilibrée ? Comment ces savoirs seront-ils partagés ? Quelle sera la part du Sud ?

Bien à vous,

Michel Ansay

Voir encore notre blog, vieux grenier :

http://partagesavoirs.blogspot.be

 

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Biologie synthétique: arraisonner la vie? 

 

NOTES

1 Voir plus loin le regard porté par Sunita Narain ,présidente de la CSE indienne et par Pierre Calame, président du conseil de la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme (FPH).

2 « Expliquer, comprendre », une expression et un objectif qui revenaient souvent sous la plume de P. Ricoeur.

3 La biologie synthétique, en termes trop simples , c’est s’emparer du poste de commandement d’une cellule (son ADN) pour en rediriger le travail, pour en « bricoler » l’expression. Pouvoir extraordinaire sur la vie!