Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’intention des générations présentes

Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Seuil, 2015, 296p.

« Il faut davantage prêter l’oreille à la prophétie de malheur qu’à la prophétie du bonheur1 ».

Cette phrase du grand philosophe allemand, Hans Jonas (1903-1993) pourrait servir d’exergue à ce livre courageux qui nous oblige à voir, et ayant vu, à prendre nos responsabilités à l’échelle individuelle, associative, politique.

Si l’on chemine avec le livre, on (re) découvre que ce monde, notre monde, s’est emballé, qu’il a pris le mors aux dents (pour reprendre encore une métaphore équestre) et qu’il fonce, fonce sans savoir où il va, grisé seulement par sa vitesse, le bruit qu’il fait.

Des graphiques le montrent à l’envi : de plus en plus vite depuis quelques années, de plus en plus nombreux sur cette terre, notamment dans les villes (du tiers-monde), de plus en plus de touristes, de plus en plus d’énergie, d’eau consommées. Le CO2 s’accumule, les réserves halieutiques sont menacées, la biodiversité s’aplatit, les océans s’acidifient,….

Ce sont les données de base à partir desquelles il faut et faudra gouverner la terre de demain, d’aujourd’hui, plus exactement.

Et voici que s’introduisent des normes qui serviront à réguler nos conduites. Le budget CO2 qui demeure à notre disposition si nous ne voulons pas dépasser les 2degrés C. qui sont une limite que nous devons nous imposer. Limites mais aussi seuils qui peuvent devenir critiques sous peine d’effondrement.

Effondrements ?

Il faut tenir compte non seulement des données du climat et de l’éco-système terre (réserves en énergies fossiles, en minéraux,biodiversité, …) mais aussi de données économiques, sociologiques,politiques qui sont enchevêtrées.

Cet enchevêtrement constitue la faiblesse, le talon d’Achille de notre système qui peut se « détricoter » progressivement ou même (plus vraisemblablement?) de manière brutale. Il est aussi,à l’inverse, je crois, le tissu dont notre système est fait et qui maintient les choses, les hommes ensemble. Jamais la solidarité hommes et nature n’a été paru aussi prégnante, nécessaire.

Toujours est-il que les auteurs s’appuyant sur les meilleures références scientifiques (en particulier sur les revues Nature, Science, PNAS,…), ont le courage d’envisager des modèles d’effondrement, de faire appel à l’histoire qui a vu des civilisations s’effondrer.

Mais il s’agit d’hommes et de femmes.Facteur limitant ou richesse ultime ? « L’idée de vie ….consiste en somme dans une exigence de création »2 (H.Bergson).

Enfin, pourquoi n’ y croit-on pas ? La question est difficile. On est à la fois pour reprendre J.-P.Dupuy3,face à l’impossible (qui se résignerait à la fin de l’histoire ?) et face au certain que nous disent les sciences,…

Fin d’une civilisation peut-être mais non pas, jamais, fin de l’histoire ?

Ou encore de cet écrivain des deux Congos, Sony Labou Tansi, : « et tout écrivain noir devrait espérer comme moi et imposer à tout prix son cœur à la raison occidentale »4

En attaché, un petit résumé (73.1) , la crise climatique selon Wikipedia (73.2).

Michel Ansay

05-08-17

Ce mercredi 2 août,écrit « le Monde », nous aurons consommé toutes les ressources naturelles que la planète peut produire en une année. Ce « jour du dépassement de la Terre » intervient toujours plus tôt.

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Comment tout peut s’effondrer (Pablo Servigne et Raphaël Stevens)

NOTES

1 Hans Jonas, Le Principe responsabilité, Une éthique pour la civilisation technologique, Editions du Cerf, 1990,p.73.

2 Ibid. p.252.

3 J.-P. Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, quand l’impossible est certain, Seuil, 2002, 216 p.

4 Encre, sueur, salive et sang, Seuil, 2015,p.21.