Crises sanitaires – Points de vue du sud

A partir d’un « South Bulletin »1, sous la signature de Martin KHOR, après l’Assemblée Mondiale de l ‘OMS (Genève,mai 2016). Cette assemblée a mis en exergue le fait que sont advenues beaucoup de crises sanitaires auxquelles le monde n’est pas préparé.

Mais quels furent les principaux thèmes mis à l’agenda de la réunion de l’OMS ? Les moyens de mettre fin à l’obésité chez l’enfant, les maladies infectieuses, les maladies non transmissibles, les médicaments essentiels, la nutrition pour la santé et le développement, les objectifs de développement durable (odd), la prévention de la violence, la poliomyélite, la pollution de l’air, la résistance aux antimicrobiens, la santé de la mère, le vieillissement.

Deux articles portent sur la santé globale2,3.

Marine Buissonière relève en particulier l’avènement de nouveaux acteurs de la santé globale. Ils ont capté une part importante des ressources privées aux dépens des institutions traditionnelles (type OMS). La question est donc : « qui décide des grandes orientations en santé globale? Les maladies non transmissibles restent les parents pauvres de cette nouvelle distribution.Au contraire, certaines maladies spécifiques (infectieuses, parasitaires,..) s’en accommodent bien, notamment parce que les résultats sont mesurables, par ce qu’elles sont favorables à la promotion de médicaments, de vaccins , de diagnostics. La surreprésentation des acteurs privés risque bien de n’associer que peu ceux et celles qu’ils entendent aider. Ce sont des programmes verticaux, indépendants, que l’on a comparés à des silos parallèles. Il vaut mieux être malade de la « bonne maladie ! ». Un enfant déshydraté n’est pas pris en compte par un programme anti-sida ( même s’il fait saluer les progrès qui se retrouvent aussi dans le traitement de la tuberculose, du paludisme). Si l’espérance de vie a continué de croître un peu partout dans le monde, elle a décliné en Afrique subsaharienne.

SaSanni.H. Yaya et André P.Kengne évoquent plus particulièrement le cas des maladies non transmissibles en Afrique. Entre SIDA, palu,tuberculose,..  et diabète, cancers , hypertension,… il faut arbitrer. Les années récentes ont vu une forte augmentation des facteurs de risque pour ces maladies non transmissibles: ils risquent l’appellation d’ « épidémie des maladies non transmissibles ». La vision des malades était celle du médicament administré une fois et qui guérit, fait disparaître les symptômes. Les maladies non transmissibles se développent lentement (hypertension,diabète,…, elles sont dites « chroniques »), nécessitent des traitements longs, des changements d’habitudes alimentaires. Les auteurs terminent cependant en rappelant que les remèdes à base de plantes peuvent être d’une grande efficacité.

Quels furent les thèmes retenus ou brièvement soulignés ou distingués par Martin Khor ?

  1. Les bonnes nouvelles. La mortalité maternelle a chuté de 40 %; 85 % des cas de tuberculose sont bien traités ; 15 millions de personnes reçoivent un traitement anti VIH. La santé est un investissement, pas seulement un coût.

  2. Mais l’OMS a encore abordé d’autres thématiques relevées par M. Khor:

    • L’obésité des enfants et des adolescents. 41 millions d’enfants de moins de 5 ans : les 2/3 en Asie, 25 % en Afrique. La cause, l’alimentation déséquilibrée, enrichie en sucres , « boostée » par une publicité qui fait rage dans les pays du Sud, décourage l’allaitement maternel : des « laits growing up » !!!

    • Le Traité Transpacifique (TPPA) soulève la question : l’accès aux médicaments pour chacun en sera-t-il facilité ?
    • La facture pour traiter 15 millions de personnes malades du SIDA est actuellement de 2 milliards de $ par an. Va-t-elle grimper à 150 milliards à cause notamment des brevets portant sur les nouveaux médicaments4 ?
  1. Mais au passif ! La santé est de plus en plus considérée comme un problème globalisé avec notamment la pollution de l’air. Dans son discours d’ouverture, le Dr Margaret Chan, directrice générale de l’OMS, évoque des désastres qui évoluent à bas bruit (slow moving disasters) : les changements climatiques, la résistance aux anti-microbiens, les maladies non transmissibles en progression.La priorité est de plus en plus la santé universelle.


    Ces deux thèmes serons évoqués très brièvement dans deux documents adjoints : la pollution de l’air, la résistance aux anti-microbiens.

    La première a ceci de particulier : à des problèmes de santé s’ajoute une composante climatique car certains polluants qui affectent gravement la santé sont aussi des gaz à effet de serre.

    Pour la seconde, voilà des médicaments qui ont transformé le pronostic des maladies contagieuses et qui rencontrent par leur mésusage, de plus en plus de « microbes » résistants. Les antibiotiques largement utilisés chez les animaux ont une grande part de responsabilité et cela fait en même temps le procès d’un certain type d’élevage.

Michel Ansay

17 décembre 2016

Documents téléchargeables

La pollution de l’air

La résistance aux antibiotiques

 

Notes

1 South Bulletin 92, 04 août 2016

2 La nouvelle donne de la santé globale : dynamiques et écueils,Marine Buissonière, Revue internationale de politique de développement, 2012, on line, http://poldev.revues.org/953.

3 L’essor des maladies non transmissibles dans les pays en développement : nouveau destins, nouvelles priorités, Sanni H. Yaya, André P.Kengne, http://ruor.uottawa.ca/bitstream/10393.

4. rendus nécessaires par la montée des résistances.