Du global au local.

Les animaux d’élevage face au climat et à la faim

La faim, celle de plus d’un milliard d’hommes et de femmes, la faim d’aujourd’hui, celle de demain aussi (avec quelque 9.5 milliards d’habitants à l’horizon 2050) est pourtant en premier lieu, un phénomène local, régional, personnel.

« Il », « elle » a faim.Ce n’est pas une notion intellectuelle.

La cause, les causes en sont donc locales mais aussi, de plus en plus, globales. C’est la tâche des grandes organisations internationales type FAO des les mettre en évidence, d’instruire les populations, d’éclairer les décisions, de proposer des moyens de remédiation.

La FAO depuis ses origines réunit préoccupations agricoles et alimentaires. Les rapports qu’elle propose ont force une convictionnelle, propositionnelle reconnue.

Bétail et climat

Deux rapports parmi les plus récents, concernent la crise climatique (quelle est la responsabilité de l’agriculture?) et plus récemment, s’attachent au dilemme « food or feed »(quelle responsabilité en nutrition animale?).

S’interroger sur les responsabilités n’est pas mettre en accusation, n’est pas émettre un jugement péremptoire. Mais établir des faits et pour ce qui nous concerne, répondre à la question: que prélèvent, que fournissent les animaux en matière d’alimentation simplement humaine (lait, oeufs, viande).

1. Un lourd soupçon1

Les deux rapports Gerber (2006, 2013) sur élevage et climat

Un lourd soupçon porte sur le bétail nous dit le rapport de Gerber, Steinberg ,…(2006) de la FAO (Livestock long shadow).

Une vue d’ensemble reconnaît que le secteur « bétail », dans son ensemble prend sa part dans les émissions d’origine anthropogéne qui conduisent à l’élévation de la température globale. Mais d’autre part, le potentiel d’atténuation est important.En effet, ces émissions représentent quelque 7.1 Giga-tonnes (GT) d’équ. CO2 par année, c’est-à-dire environ 14.5 % des émissions humaines. A ces dernières les bovins (avec 41 % pour la viande et 20% pour le lait) prennent la plus grosse part. La viande de porc, la volaille ( œufs et viande) sont responsables de 9 et 8 % respectivement.

La production/préparation de nourriture (feed) intervient pour 45 % , la fermentation entérique des ruminants, pour 39 %. Le stockage et la manipulation des effluents voient leur responsabilité évaluée à 10 %. Dans la production de nourriture, l’expansion des prairies et des cultures (feed) aux dépens de la forêt se monte à 9 % des émissions d e ce secteur.

2. Après le constat, la recommandation. De gros rapports

La FAO complète ses rapports par des textes d’accompagnement diversement distribués. En voici deux, LEAP et GLEAM.

LEAP 2 Livestock Environmental Assessment and Performance

Ce sont des guide-lines ( recommandations for environmental quantication of

nutrient flows and impact assessment in livestock supply chains). (Draft for public review), destinées à une large évaluation, une méthodologie conduisant à une approche internationale harmonisée en vue d’évaluer les flux de nutriments, leur impact en matière d’eutrophisation et d’acidification. La spécificité des différents systèmes de production est prise en compte.

GLEAM (global livestock environmental assessment model)

A partir de systèmes d’information géographique (GIS), Gleam veut quantifier la production et l’usage des ressources naturelles dans le secteur du bétail, contribuer à l’évaluation des scénarii d’adaptation, d’atténuation en vue d’une soutenabilité optimale .

3. Sur le terrain du pastoralisme, un partage d’expériences3

Il faut se rendre compte de ce que le pastoralisme est une pratique à l’échelle de la planète. Les pasteurs seraient entre 100 et 200 millions et bien plus, si l’on inclut les agro-pastoralistes.

Les aspects positifs du pastoralisme sont évidents  dans un environnement fragile. « Les pasteurs ne passent qu’une fois »(‘once over slightly’), permettent la reconstitution des éco-systèmes, le maintien de la biodiversité, le stockage du carbone. Le pastoralisme apparaît comme la seule manière de vivre dans ces environnements, d’en extraire les richesses (contribution de 5 à 20 % au PIB,…) sans les détruire.

Un grand nombre de défis sont à prendre en compte (obtention de vaccins suffisamment robustes, homogénéisation des pratiques et des qualités vaccinales, manières différentes d’exploiter un environnement4, heurts violents observés au passage des frontières, opposition entre populations « hôtes » et les pasteurs, intersection de mondes qui s’opposent : vie urbaine/vie rurale, travail salarié (pour de l’argent) ou travail pour vivre, statut officiel ou loi coutumière, …)

4. Face à la faim.Pauvreté, guerres, migrations, climat,faim,…

En revenir à la globalité.

Il importe de situer nos constatations, expériences, savoirs dans un contexte plus général, celui de la faim5.

Selon la FAO qu’il y a assez de nourriture dans le monde pour s’opposer à la faim. Cependant (en 2016) , un enfant sur 4 (22,9%) souffre de croissance déprimée (stunted growth) ; 6 % sont obèses(12,8 % chez les adultes) ; 32,8 % des femmes en âge de reproduction souffrent d’anémie.

Nous le constatons , suite au rapport Mottet et al.(2017), une part significative des productions ( céréales,..) et des prairies (transformées en terres à soja) va aux animaux, ne tombe pas dans l’assiette des pauvres. Les causes sont diverses (naturelles, guerres, concurrence nourriture homme/animal, …) et se nourrissent l’une l’autre.

NOTES

1Un article de Robert Mburia « African climate change policy. An adaptation and devlopment challenge in a dangerous world. Climate Emergency Institute, 2015, executive summary. Jusqu’ici, 174 pays sur 197 ont ratifié les accords de Paris.Cependant cet article constate que les pays africains dans leur ensemble ne se sont pas donné les moyens d’une politique concertée, efficace. Il n’ y a pas dit l’auteur, en 2015, d’institution régionale pour évaluer les politiques d’adaptation au changement climatique.

2 FAO, 2017. Guidelines for environmental quantification of nutrient flows and impact assessment in livestock supply chains. Draft for public review. Livestock EnvironmentalAssessment and Performance (LEAP) Partnership. FAO, Rome, Italy.

3Sustainable pastoralism and range lands in Africa., Nature et Faune,31(2) FAO, 2017,84p..

4Un vieil éleveur du Burkina-Faso nous disait : « l’animal nourrit la plante, la plante nourrit l’animal »;Preuve de synergies possibles. Le bétail, rentré pour la nuit fertilise un enclos qui sera le champ de demain.Augustin Cihyoka (Bukavu, RDC) promouvait l’échange (Kagala) de connaissances et de biens entre agriculteurs et éleveurs. « Paniers pleins à l’aller, paniers pleins au retour ».

5La faim, une réalité pas toujours aisée à définir. Une méthode (américaine) dite HHS(indice domestique de la faim) est basée sur un questionnaire et exprime un besoin de nourriture, une sensation de rareté.D’autres composantes de la « faim invisible » sont la quantité de calories, de protéines, de micro nutriments (fer, zinc,vitamines,…). Des mensurations, d’autres indices, par exemple celui de l’IFM  (indice de la faim dans le monde,calculé par l’IFPRI, (International food policy research institute).Citons encore l’indice de masse corporelle (IMC, du Belge A. Quetelet) qui est le rapport « masse/taille2. »

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Du global au local