Elevage et agroécologie

Livestock and agroecology

Une étude de la FAO. Le blog d’Ilse Köhler Rollefson. Les phénotypes rares.

L’élevage, cela fait des GES (gaz à effet de serre), 15-20 % de la production anthropogénique globale. Voilà un coupable bien identifié, mais ce sont notamment, les petits éleveurs du Sud, trop peu productifs, pas assez efficients.

Il y a, je crois, des mots qu’il faut trouver, pas seulement ceux de la productivité ou de l’efficience, pour prendre l’exacte mesure de cette activité humaine, pour la caractériser du point de vue des petits éleveurs (revenus du ménage, etc), du point de vue de la biodiversité, du point de vue des changements climatiques et enfin de la transition agroécologique. La FAO y va d’un court rapport, sans doute introductif, qui situe son action, son programme.

Pour chacun d’eux, des défis, des opportunités qui nous éloignent d’un vision manichéenne. Quelques mots pour inciter à une lecture plus complète.

1. Des exploitations compatibles avec plus de bonheur humain, des revenus améliorés ?

Des 770 millions de pauvres vivant avec moins de moins de 1.9 dollars par jour, la moitié d’entre eux dépendent, pour leur survie, de l’élevage.

2. Comment préserver et user sainement de la biodiversité ?

Les prairies semi-naturelles montrent une grande diversité d’espèces végétales en même temps qu’un habitat de qualité pour diverses espèces d’insectes, oiseaux et mammifères, à l’image d’une forêt naturelle.à l’opposé de ce que peuvent fournir les mono-cultures. Une mosaïque d’habitats, de paysages peut en résulter.

3. Comment recycler en vue d’une meilleure efficience ?

Dans un écosystème linéaire1, (voir nos articles http://www.le-blog-de-socrate.net/pour-lhomme-ou-pour-lanimal/, http://www.le-blog-de-socrate.net/du-global-au-local/ et les travaux de A. Mottet et al.), 30 % de la production céréalière globale va à la nourriture du bétail.
Résidus, déchets, lisier 2 deviennent des agents de pollution.

Dans un système circulaire, le schéma montre des boucles qui se referment sur le bétail. Vers lui convergent, résidus, déchets, manure (lisier3, fumier,,..). Cette dernière est un fertilisant important aussi bien pour les productions végétales (crops) que pour les prairies.

4. Comment s’adapter aux changements climatiques, comment les atténuer ?

Une production « low carbon » par les animaux d’élevage est-elle possible ? Oui, le bétail peut contribuer à une atténuation de la production de GES.

Par une meilleure nutrition, meilleure gestion des prairies, une diversification mêlant fourrages et légumineuses, de meilleures conditions de santé et de conduite d’élevage, … Tout cela peut conduire à une meilleure productivité, réduire les pertes et le nombre d’animaux improductifs.

En résumé de cette étude (qu’il faut lire complètement), il faut dire que l’élevage n’est pas le scape-goat, le mouton noir de l’environnement. Il faut pour le juger faire appel à une série de critères qui permettent une vision plus équilibrée, plus juste du système élevage dans les pays du Sud.

Ilse Khöller Rollefson est une vétérinaire allemande qui a d’abord travaillé comme archéologue puis, amoureuse des chameaux, au Rajasthan (Inde). Elle introduit un paramètre supplémentaire dans notre appréciation de l’élevage, ce que l’on pourrait appeler le bonheur animal de vivre en société.Elle est particulière incisive, s’agissant des élevages industriels.

Enfin, Leroy et al. font un relevé de quelques phénotypes rares apparus plus ou moins récemment. Ils se caractérisent par une meilleure adaptation à des environnements particuliers, par une production améliorée, par une esthétique particulière et enfin certains d’entre eux sont des modèles biologiques utiles à la recherche.

On est heureux d’y voir le BB Belge, double musclé, mais l’augmentation de la prolificité (Booroola et taux d’ovulation) est un trait qui a fait le tour des races (48 races de moutons) dans 19 pays.

La nature (avec les éleveurs) a retenu une série de mutations qui rendaient les animaux plus adaptés à un environnement difficile.

Ce sont des « expériences  de la nature ».Ces défis, salinité des sols, terrains escarpés, températures élevées, nécessité de longs déplacements, de portées nombreuses, etc sont des réponses que la nature (parfois, l’homme, en Belgique avec la mutation double-muscle) a retenues, mariant nécessité et inventions.

C’est si l’on peut dire, la base de l’agroécologie, l’étude en particulier, des relations animal-environnement. Attenter à l’environnement, c’est aussi attenter à l’animal et vice et versa.

Des auteurs4 ont remarqué que l’élevage tenait peu de place dans les travaux consacrés à l’agroécologie. Peu de publications abordent jusqu’à présent les systèmes d’élevage et la producion animale. Les pratiques recommandées sont(je cite) : « (i) diversification de l’utilisation et la couverture du sol et des productions, (ii) gestion des ressources dans les systèmes mixtes bétail-culture, (iii) conservation et gestion de la biodiversité, (iv) gestion des prairies, (v) gestion du bétail, (vi) alimentation et système alimentaire, et (vii) diversification des sources de revenu. Ces groupes de principes et catégories de pratiques devraient être pris en compte pour le développement de systèmes agricoles durables comprenant des herbivores ».

Pour finir, dirai=je, on abandonne le seul terrain de la production et des quantités pour placer l’animal dans un environnement qualitatif bien plus vaste,plus riche.

Michel Ansay, 19/04/2018.

Documents à télécharger

Elevage et agroécologie selon la FAO

Le blog de Ilse Köhler Rollefson

Les phénotypes rares

NOTES

1 Il s’agit bien sûr d’un écosystème « élevage ».

2 Qui traduit « manure r ».

3 Le lisier (« manure ») est très présent dans cette revue, c’est comme une découverte, une sorte d’hymne. Dans mes jeunes années, il y avait ces gros tonneaux qui le chariaient vers les prairies où elles le déversaient et le distribuaient en grosses volutes noires.

4 Par exemple, A.Wezel et A. Peeters, Agroecology and herbivore farming systems=principles and pratices,

(Options Méditerranéennes,A, no. 109, 2014).RHEA (Corbais, Belgique) – Natural Resources Human Environment & Agronomy est un centre de recherches scientifiques dans le domaine du développement rural et de la gestion des écosystèmes.