La mystique de la croissance: lire Dominique Méda

« La mystique de la croissance, comment s’en libérer. » Champs,Flammarion, 2014, 310 p.

Sur les terres de l’économie,de la sociologie, de la climatologie,d’une science à inventer. Expliquer, comprendre, agir.Au niveau de la pédagogie, ce livre est une merveille! Pensez donc, 21 chapitres, chacun d’une quinzaine de pages qui permettent de reprendre souffle à chaque étape. A la tête de chaque chapitre, un énoncé assez long, qui se déroule comme ces titres de notre enfance quand nous lisions : « Quand le petit chaperon rouge découvre que la voix de mère grand a bien changé. Où il est montré encore que ces loups doucereux,[…] De tous les loups sont les plus dangereux. » (Perrault)1.

Mais ce livre est sérieux. Il fait le procès , d’une mystique (d’une religion) de la croissance ; en montre les tâches noires, les contradictions,…La nécessité d’une critique serrée du PIB, aveugle lui-même aux crises conjuguées de l’environnement et du système social.Comment élaborer un nouvel indicateur?Comment penser ensemble la crise écologique et la crise sociale ? Où il est montré que c’est possible !Il faut « prendre soin », développer une éthique du Care élargie à notre monde.

Mais il faut encore la conjonction de beaucoup de facteurs, notamment au niveau de l’interdisciplinarité, une rencontre et un dialogue des sciences économiques et des sciences naturelles.

La science est ébranlée dans ses fondements: elle n’apporte pas le bonheur promis. Dévoyée par une utilisation sans bornes de la nature, affrontée aux dégâts qu’elle a permis, elle s’est mise à douter. Elle entre dans une nouvelle ère, fait face à une nouvelle obligation: répondre à de multiples questions qui touchent à mille domaines, en un mot à la complexité.

Pour cela , elle doit se réinventer, penser en même temps, à la fois, 10 sciences (de la climatologie à la sociologie et à l’économie,…) et 10 préoccupations ( de la santé individuelle, à la pauvreté, à l’inégalité, aux relations Nord-Sud,…). Pour le dire dans les termes de T. Dedeurwaerdere2, en interdisciplinarité et en transdisciplinarité.

Par rapport à ce dernier développement , nous pourrions accueillir ces « savoirs autres » que nous avons brièvement évoqués : savoirs de la justice environnementale et de la société civile (lettre 31), des pauvres (lettre 28) en particulier de ceux de Mumbai (lettre15), des malades (lettre 26), des femmes (lettre 12), des agriculteurs sur brûlis (lettre 29), de l’Islam ( lettre 30), des jardiniers (lettre 38) et des agriculteurs urbains (lettre 5), de la médecine traditionnelle africaine (lettre7) 3 ou encore l’étude de l’I. Vie sur les « traditions de paix » en Afrique.

Il y a aussi, grands maîtres de l’instant et de la place, les savoirs conventionnels dévoyés souvent en monopoles, voire en projets de lois qui s’attaquent à la liberté d’information4.

Cela ou presque, vous le trouverez sur notre blog, vieux grenier et notre site :

Voir aussi :

http://partagesavoirs.blogspot.be

Bien à vous,

Michel Ansay

22 février 2016.

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Mystique de la croissance, par D.Méda

NOTES

1 Que l’on se rassure, je ne reprendrai pas ces « captions». Je n’aurais plus rien à écrire, ce sont de petits chefs d’œuvre de concision.

2 http://biogov.uclouvain.be/staff/dedeurwaerdere.

3 On ne manquera pas de signaler la monumentale étude M. Baerts et J. Lehmann http://www.ethnopharmacologia.org/recherche-dans-prelude/