La résistance est fertile. Luttes canadiennes pour les bio communs. Wilhem Peekhaus, 2013.

Ce livre fait le point sur les luttes qui au Canada, concernent les biens communs que sont la nature, les savoirs paysans. Menacés par un nouvel ordre. Le combat fait rage. Les multinationales et l’État poussent à l’exportation, bénéficient de la couverture médiatique.

De l’autre côté, des associations multiples (agriculteurs, citoyens,ONGs,…), des chercheurs universitaires,paysans, ..  résistent, multiplient les études d’impact,montrent que les biotechnologies ne nourrissent pas le monde, ne nourrissent pas la terre, polluent,…
Bien loin de nous, bien loin de l’Afrique ? Sans doute mais dans un monde devenu global, (la citoyenneté l’est aussi), les défis sont à l’échelle de la terre.

Plus profondément encore, il sera fait mention du combat à l’échelle « globale », entre deux types d’agriculture, celle-là à visée impérialiste, au-dessus des lois2, agriculture d’exportation au mépris de la santé des terres et des gens ; celle-ci que l’on peut résumer ainsi : agriculture familiale, celle qui dans les faits, nourrit le monde.

Ce livre est articulé autour de trois définitions.
1. Les bio-communs (biocommons). Ce sont, au sens le plus général, les biens de communauté (biens gérés en commun): un lac, …mais aussi ce qui fait la marque d’une société démocratique, une ville et ses routes, un parc public,une atmosphère, voire une constitution, une culture.
La gestion commune des terres est une caractéristique de l’agriculture familiale en Afrique3 . Elle l’était aussi et le reste même, pour certains usages, dans nos contrées.
2. Les
« enclosures »4 , encore un mot anglais pour dire le passage de la propriété commune à la propriété privée. Pour notre propos, il s’agit de l’arraisonnement, de la captation de la nature (de sa biodiversité), du travail au long de centaines d’années d’agriculteurs sélectionneurs de caractéristiques intéressantes chez les plantes et les animaux.

3. Les biotechnologies. Le danger est grand : on constate que les sciences du vivant se sont donné de puissants moyens pour déchiffrer, décoder, éditer la formule génétique de milliers de plantes, et cela avec un rendement, une vitesse,exponentiels.Déplacer un gène intéressant d’un organisme dans un autre est devenu chose presque courante. Un nouvel organisme est-il né ? Est-ce une invention que l’on peut breveter ? Le mot « biotechnologie » est bien constitué de deux parties : l’une a trait à un génome modifié et mis sur le marché, l’autre relève de la technologie la plus pointue.

Voilà les protagonistes et l’enjeu d’un combat Commons/enclosures avec l’instrument des biotechnologies, à l’échelle du monde, plus exactement, pour ce livre, à l’échelle de ce pays continent qui s’appelle le Canada.

Le journal « The Guardian » en Angleterre s’est fait l’écho d’un débat qu’avait lancé le Ministre O.Paterson, secrétaire d’État à l’environnement et qui disait : « la population dans le monde va passer de 7 milliards à 9 milliards. Il y a de moins en moins de ressources pour les nourrir. Il faut explorer le pouvoir des nouvelles technologies, telles les OGMs ». Seul le marché permettra de faire la différence et dira si un produit est viable.
Trop simpliste pour beaucoup d’associations.Elles mettent en évidence de grands progrès qui se sont faits
sans les OGMs. Par exemple, le maïs supportant la sécheresse, les pommes de terre résistantes au mildiou, les denrées enrichies en vitamine A5,le riz qui résiste aux inondations,…tout cela avec les techniques les plus pointues de la science de la sélection mais sans recourir aux OGMs.
Aux OGMs, il est aussi reproché d’être un costume à une seule taille, valable pour toutes les tailles, ne tenant pas compte de l’infinie diversité des sols, des climats, des altitudes, des conformations des terrains,…Pourquoi cette obsession pour les OGMs ?
Un auteur d’origine sud-africaine, Kumi Naidoo, est précis quand il met le doigt sur une séquelle du colonialisme..En 1913,une loi excluait la majorité noire du droit à la propriété en faveur de la minorité blanche ! Cette loi détruisait la ferme traditionnelle et avec elle les savoirs qui y étaient attachés.Ce qu’on observe aujourd’hui, avec les OGMs, c’est comme un nouveau cheval de Troie , une nouvelle forme de colonialisme.
La faim dans le monde est un problème complexe qui est politique, économique et pas seulement une question de rendements agricoles6.

Voilà, je vous laisse avec ce souhait de nouvelle année par John Merson7. En route vers un nouvel ordre génétique international !

Bien à vous,

Michel Ansay,

30 janvier 2017.

 

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Resistance is fertile 

 

NOTES

1 D’après le livre de Wilhem Peekhaus: « Resistance is fertile. Canadian struggles on the biocommons,UBC Press, Vancouver, Toronto Canada, 2013, 292p.

2 Les discussions autour du traité CETA (accord économique et commercial UE/Canada) l’ont bien montré.

3 Une introduction (rapport général) au livre « le droit de la terre en Afrique(au sud du Sahara) ». Etudes préparées à la demande de l’UNESCO, Paris Editions G.-P. Maisonneuve et Larose, 1971, de l »Association internationale des sciences juridiques .On lit ceci (p.13). »Les lois de la cosmogonie africaine n’admettent cette appropriation pour aucun des éléments (ciel, air, mer) qui ont servi à la création de l’univers et le soutiennent. La terre étant à Dieu, aux dieux et aux ancètres,aucun humain… »…Un autre droit bien connu et très général consiste dans « le contrôle du groupe sur l’utilisation de la terre ».

4 Le processus d’éviction (clearances) par lequel les Écossais des Highlands furent contraints d’abandonner leurs terres, entre la fin du XVIIIe et le début du XXe siècle, fut un épisode de génocide culturel parallèle aux schémas de conquête coloniale qui se déroulèrent ailleurs dans l’Empire britannique; à bien des égards, il en fut le modèle. En premier lieu, en définissant la terre comme une «propriété» lors du «vol des commons», l’enclosure donnait aux droits sur la terre et sur l’eau, un statut marchand dans une économie de marché en expansion. Les Highlands écossais dans une perspective coloniale et psychodynamique AlastairMcIntosh, Andy Wightman et Daniel Morgan. INTERCULTURE: Revue internationale de recherche interculturelle et transdisciplinaire, Vol. XXVII:3 (cahier no. 124), pp. 1-4.

5 On n’a pas du tout besoin du « golden rice » , du riz enrichi (par OGM) en vitamine A!

6 Ce sont : Kumi Naidoo, The Guardian, 24 June, 2013 ; Andy Sterling,The Guardian,28 June, 2013 ; John Vidal, The Guardian,29 June 2013;

7 John Merson, Bio-prospecting or Bio-piracy: intellectual property rigths and biodiversity in a colonial and postcolonial context (abstract). OSIRIS,vol.15, 2000.