La tyrannie des experts

The tyranny of experts. Economists,dictators, and the forgotten rights of the poor. William Easterly, Basic Books, 2013,394 p.

Le titre de ce livre est long, complexe. Notamment par la casse, la ponctuation employées. Les experts sont en mis évidence. Ils sont tyranniques, associés aux économistes, aux dictateurs et… à un niveau supérieur (en tout cas, en caractères d’imprimerie et en ponctuation),non pas aux pauvres eux-mêmes mais à leurs droits oubliés.

Je dirais pour ma part, que ce livre est plutôt concerné par les autocrates (désignés dans le titre comme dictateurs) et que les experts sont surtout considérés comme des faire-valoir (non critiques, soumis,…) pour les premiers.Les pauvres n’apparaissent que par la référence à leurs droits oubliés, méprisés.

Que dit-il des autocrates ?

Ils sont « bienveillants » mais deviennent vite des « mangeurs de leur peuple » (Ps.13).

Ils sont « conseillés » par des armées d’experts qui se déclinent en ministres, en délégation, en hauts fonctionnaires en « mission », en une armée de techniciens qui savent ou ne savent pas (en matière de droits de l’homme).

Les experts conçoivent, transmettent à partir d’une « feuille blanche »(tout est à faire/ à refaire), oublieux de l’histoire, des savoirs acquis,…

L’autocrate , même bienveillant, s’inscrit (parfois à son insu) dans une tourmente géostratégique (terrorisme, ségrégation raciale, nécessités de l’empire colonial,guerre froide, appétits des élites, rêves technologiques,accaparement des terres,…).Il est instrumentalisé.

Il s’identifie souvent à sa nation, oublieux des contextes régionaux.

Face à l’autocrate, les gens et leurs droits.
Les droits individuels, une conquête des cités italiennes du XIIème siècle.

En matière commerciale, une culture de la confiance face à une culture de caste (méfiance par rapport à l’étranger).

La capacité d’innover, les savoirs endogènes, le développement en un mot.

La lente construction d’une culture de la démocratie qui résiste aux assauts autocratiques1, le droit de choisir.

Adam Smith ( 5 juin 1723 – 17 juillet 1790 ) , « le mal compris ».

Un marché régulé, se régulant.

L’innovation citoyenne (spontaneous solutions) dans un climat de confiance ou selon un « plan éclairé » (conscious design) sous la coupe d’experts bienveillants?

Une analyse des échecs historiques de toute autocratie.

Mais pourquoi sommes-nous séduits parfois, par l’autocrate?

Un besoin de bergers, de s’identifier à un leader, à une idéologie, à une institution forte?

En bref, un livre qui interroge. Où en sommes-nous par rapport à la liberté créatrice ? Ces jours-ci se tenait à Bruxelles un colloque sur la pauvreté dans les grandes villes. Étonnant en était le thème : la recherche 2. On y parlait non d’assistanat général mais de co-construction, d’innovation sociale.

Voir aussi le blog :  http://partagesavoirs.blogspot.be

Michel Ansay
17 mars 2016

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La tyrannie des experts

NOTES

1 Occasion de citer P. Ricoeur : « faire le pari que les avancées du bien se cumulent mais que les interruptions du mal ne font pas système ».

2 La recherche.Ce que nous lisions chez Appadurai parlant des pauvres de Mumbai (lettre 15): , la « capacité à l’aspiration » qui est un élément d’une « politique de l’espoir » ; ou encore la « prise de parole » ; une logique de la patience qui est autre chose que le court-termisme des « projets » dont d’ailleurs, on se méfie ; une confiance dans la construction d’expertises propres partagées au niveau horizontal ; une « prise de risques » assumée ; la pose de « précédents », actes de libération qui font que les choses ne seront plus comme avant ; la revendication d’un « droit à la  recherche » ; des actes comme l’ « auto-recensement » qui visent un capital de connaissances à opposer aux planificateurs urbains qui ne voient pas les pauvres dans leur nudité, qui ne les voient que comme catégorie ; ou encore des expositions, des festivals de toilettes( !!!).