L’anathéisme, ou Dieu après Dieu

« Dieu est mort, vive Dieu. Vers une nouvelle idée du sacré pour le IIIème millénaire : l’anathéisme ».
Richard Kearney, NiL,2011, 361 p.

On me dira encore : « laisse parler les théologiens ! ». Mais si l’un d’eux a une parole qui dérange en ces temps de doute et d’effroi, je deviens toute oreille (même si j’entends mal parfois!).

J’ai eu du mal à trouver comment est tissé ce livre. On y voit s’y croiser les notions d’étranger, de verbe sacré, de chair mais aussi de foi post-religieuse ou post métaphysique, de monde sécularisé, de recours à Nietzsche (Marx, Freud), d’intrication du sacré et du séculier1, d’une transcendance parasitant notre immanence… On voit s’y mêler les différentes religions ou traditions religieuses, les prêtres ouvriers, le monde profane.. .Abraham, Marie, Mahomet sont pareillement surpris, étonnés.

Ce qui fait l’unité de ce livre, à première vue fort disparate, c’est qu’il rejette tout dualisme (chair/esprit,…) mais au contraire, qu’il est accueil, ouverture à ce qui frappe, est différent, étranger en un mot. On est enclin à le rejeter, mais on se ravise, on voit sous ses traits, le pauvre, l’opprimé,…et pour certains, Dieu.

On peut lire ce livre en compagnonnage du livre de J. Musset. Des deux côtés, une approche existentielle, loin de tout académisme religieux et de tout racolage facile,… l’athéisme est convoqué pour gratter jusqu’à l’os, une foi souvent empêtrée.

Chez Musset, Dieu « souffle » où il veut, indistinctement, chez les croyants (il n’est pas d’incroyants en matière de justice,…); chez Kearney, Dieu s’invite comme étranger : il a des manières qui dérangent, il est imprévu, peut être dangereux ; il se niche dans les recoins de la chair, dans un soupir amoureux (celui de Molly dans Ulysse de Joyce ) ; il est le verbe fait chair.

Et ce mot « anathéisme » ? Une nouvelle idée pour le 3ème millénaire ? (comme le suggère le sous-titre). Je ne sais s’il fera fortune. J’aurais préféré « Dieu après Dieu » pour évoquer, dans ce monde saisi par le doute, un « souffle » nouveau, pour donner un nouvel espoir, apporté par un étranger, un pauvre, le différent, …

Michel Ansay, 25 novembre 2015.

Voir encore mon blog vieux grenier: http://partagesavoirs.blogspot.be    

NOTES

1  Voir Jacques Musset, Repenser Dieu dans un monde sécularisé, Karthala, 2015, 246p. et ma lettre 40

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Dieu est mort, vive Dieu