L’apocalypse joyeuse, une histoire du risque technologique.

Jean-Baptiste Fressoz, Seuil, 2012, 313p.

Le livre d’un historien. Développé avec rigueur, sans de trop faciles débordements sur la situation d’aujourd’hui.

Il y a pourtant, tant de ressemblances !

Fin du XVIIIème-XIXème. l’Occident se voit confronté à « l’innovation ». Des innovations de tout genre concernent la santé de la population et des travailleurs, la domestication de la vapeur, les modes de transport, la chimie nouvelle, la relation à l’environnement.

Chacune d’entre elles bousculait un rapport de forces, mettait en cause des savoirs traditionnels, des hiérarchies entre les pouvoirs institués, des manières de comportement face à des situations injustes.

La société a-t-elle réellement pu choisir sa technologie (c’est-à-dire une parole sur la technique), arbitrer entre risques et avantages, instaurer des instances de dialogue participatif ?

Comment en dépit de ces bouleversements et irruptions, les « innovations », les nouveaux « systèmes techniques » se sont-ils imposés ?

L’inoculation et la vaccination,les environnements (au sens très large : à la maison et à la ville, à l’usine et à la plage normande), les transports, l’éclairage urbain,… se donnent comme études de cas pour démonter des stratégies (parfois des coups de force) pour désinhiber, rassurer les gens par ailleurs souvent conscients des risques que l’on imposait au nom du progrès.

Comment les avantages sont-ils présentés? On peut pointer le rôle des savants (« le risque d’explosion est possible mais peu probable, chimérique »), voire des hygiénistes pour montrer l’innocuité de telle exposition, le bienfait d’une vaccination), l’intérêt de la nation,…

Il faut se demander qui a intérêt ? Le Roi puis ses successeurs (pour des raisons de rivalité entre États), les administrations (pour des raisons fiscales), les entreprises (pour le développement sans contrainte de leurs activités) ?

Comment les dommages sont-ils traités? De punissables (du domaine du pénal) aux yeux de la loi, ils sont devenus des problèmes liés à la non-conformité à un règlement, du ressort d’un tribunal civil qui décide de compensations financières y compris salariales (pour faire oublier la dangerosité du métier).

A retenir, l’effacement progressif du politique devant la chose technique qui correspond à un désir entretenu et exigeant, celui d’un sujet égoïste (cherchant avant tout son propre intérêt).Tout dégât (aux corps, à l’environnement) est monnayable, a son équivalent argent.

Les craintes actuelles (et leur parfum d’apocalypse) sont-elles une répétition des peurs passées souvent qualifiées d’irrationnelles, ridicules, d’un autre âge , de « résistance au progrès » ?

Pour nous, lecteurs, ce retour sur des luttes passées est éclairant pour mieux lire les enjeux d’aujourd’hui. On se demande pourquoi devant tant de menaces (climat, biodiversité, crises énergétiques,…1) nous ne réagissons pas davantage ? Que penseront nos enfants ?

Bien à vous,

Michel Ansay – 15/07/2017

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L’apocalypse joyeuse

NOTES

1 Pablo Servigne et Raphaël Stevens en font une analyse impressionnante dans leur manuel de collapsologie , « Comment tout peut s’effondrer », Seuil, 2015,296 p.