Le courage de l’hospitalité

Un dossier ESPRIT, juillet-août 20181.

Si l’hospitalité est bien le thème de ce gros dossier, par contre, le mot courage n’y est pas fréquent.2

Revenons donc à « hospitalité ».Elle se décline pour la petite vingtaine d’auteurs selon 3 temporalités :

  • Secourir . Il s’agit presque toujours d’un temps court, d’un secours ponctuel, très limité dans le temps et l’espace. Des actions nombreuses et multiformes qui se prêtent bien à un reportage journalistique ou cinématographique3,4.
  • Accueillir. On ouvre un temps et un espace. Pour quelque temps, mais limité. L’entreprise est citoyenne et politique ; elle devrait de plus en plus relever de l’État qui peut gérer des infrastructures. Une question s’impose : l’accueil citoyen n’est-il pas un prétexte pour l’État de se défausser de ses responsabilités ? Des actions citoyennes (telles celles du CRACPE à Liège5 et « la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés »du Parc Maximlien à Bruxelles) sont pleinement politiques.Accueillir c’est aussi ouvrir son intimité,son foyer et se sentir concerné par l’état du monde. Cette hospitalité peut être éprouvante. On doit trouver des formules réalistes.
  • Appartenir. Le verbe transfère la responsabilité au migrant désormais devenu réfugié. Ce n’est pas là le résultat d’un volontarisme acharné mais d’un « effet essentiellement secondaire ». Difficile car le réfugié est facilement « racisé », voire considéré selon sa religion elle-même essentialisée, confondue avec des actions terroristes. Il est important plutôt que l’on se rencontre, partage des expériences de vie, entreprenne ensemble.
    Appartenir par le travail? Mais l’histoire montre que souvent les travailleurs, un jour sont appelés, le lendemain sont devenus « jetables ».
    Jetables parce que l’on a peur et que cette peur est contagieuse, remonte aux politiques. Banalité du mal.On veut se protéger, fantasme du corps étranger, peur de la contamination, «  Panique des flux ». Les pesticides, les pandémies, la résistance aux antibiotiques,
    les étrangers sont des réalités de tous les jours et de tous les continents. « Sommes-nous une société ouverte ? » titrait un récent numéro d’ESPRIT.

Pouvons-nous imaginer d’autres moyens d’être ensemble que par la nationalité? Le citoyen (membre d’une cité), par le seul fait qu’il y vit, y travaille, jouit des droits (santé, écoles,…) y attachés. La nationalité n’est pas nécessaire (Brugère et le Blanc).

Depuis un demi-siècle la science a, sur la question des migrations, accumulé les faits, opposé les hypothèses, fait une série de propositions qui sont restées lettre morte.

Il faut, dit Catherine Withol de Wenden qui clôt ce dossier, changer les perceptions, déconstruire des préjugés, ne pas céder à la peur de ceux qui ont peur, reconstruire le dialogue entre la science et le pouvoir.

Michel Ansay

170718

http://partagesavoirs.blogspot.be   (le vieux grenier où je stocke mes lettres).

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Le courage de l’hospitalité

NOTES

1 Juillet-août 2018, N°440, pp. 30-189.

2 Et il en faut!

3 Le film d’Ai Weiwei (human flow, le flot humain). Sur les réfugiés de toute la planète, vus de haut, du haut des drones mais aussi du haut d’un réalisateur « qui se penche sur lui-même se penchant sur les réfugiés ».

4 Prison, torture, travail forcé: les réfugiés du « Lifeline » racontent l’enfer Libyen. Mediapart du 13 juillet 2018.

5 Le CRACPE « Collectif de Résistance aux centres pour Etrangers ». Il vise essentiellement les centres de détention (des prisons, à la lettre) avant l’expulsion, En plus d’actions de parrainages, de soutien aux prisonniers et cela sous sous diverses formes, (le politique est toujours là), il a organisé des manifestations, interpellé les décideurs politiques.

En Belgique, on signalera aussi (repris plus loin dans le texte) « la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés » à partir du Parc Maximilien. Elle a réuni, à Bruxelles,plus de 10 000 personnes.