Le pouvoir de la biodiversité (Frédéric Tomas et Valérie Boisvert)

Néolibéralisation de la nature dans les pays émergents

Sous la direction de Frédéric Thomas et Valérie Boisvert
IRD éditions, Quae éditions, 2015, 299 p.

Introduction
La biodiversité, quelle richesse !

Mais déjà, on est arrêté à la définition du mot «biodiversité»1.De quoi s’agit-il ?
Celle qui nous nourrit, nous soigne, nous parfume ?
Celle dont le marché, lieu de véridicité2, dit la vraie valeur?
Celle qu’on échange plutôt que celle dont on use?
Celle qui se dit en fragments d’ADN?
Celle qui est stockée dans les immenses banques de gènes qui sont dans les communautés paysannes ou alors dans les banques biopiratées (ex situ, hors de son lieu d’origine, comme on dit) ?
Celle qui rend et rendra toujours plus de services face à des lendemains incertains (crise climatique,…) et que l’on peut « mettre au travail»?
Celle qui accompagne le jeune Africain lors d’ une cérémonie d’initiation dans la forêt?

Celle que chante François d’Assise3?
Celle qu’il faut partager?

Un peu de tout cela sans doute.
Le point de départ du livre est la « Convention sur la diversité biologique »(1992, CDB) qui a voulu mettre un peu d’ordre, attentive aux questions de conservation, d’utilisation durable, mais surtout, c’est la pointe du livre, d’accès et de partage des avantages(APA).

En effet, ce qui était considéré comme « patrimoine universel de l’humanité » était devenu un « premier arrivé, premier servi », une colonisation de la nature.
La CBD a essayé d’équilibrer/partager les avantages, ceux qui résultaient de l’accès à la biodiversité (qui est Sud, à laquelle le Nord accède) avec ceux qui en étaient les gardiens, en tout cas les légitimes propriétaires4.
Le partage des avantages se décline en ce qui concerne le Sud, en royalties ou encore en transfert de technologies.

On peut dire que trois acteurs principaux se sont rencontrés sur la question de l’exploitation de la diversité biologique.
1. Ceux qui en vertu de la CBD, ont eu accès, sur la base de contrats négociés à tel territoire de biodiversité et ont pu en « extraire » des brevets, des licences rémunératrices.
2. Les industriels réunis dans l’UPOV5, détenteurs de « variétés végétales » (pour faire court, des assemblages homogènes, distincts, stables de caractéristique phénotypiques).
3. Les membres du TIRPAA 6, un traité multilatéral sous l’égide de la FAO qui se consacre aux plantes à vocation agricole (alimentaire,…).
Un quatrième (que j’oublierais ?), il est représenté au Sud par les gouvernements, les sociétés rurales,les peuples autochtones, les ONGs ,…

La question principale que pose le livre est je crois, celle de l’équilibre du «partage des avantages». Ce partage Nord-Sud est-il égal? Comment se gèrent les relations entre tous ces acteurs?Comment s’y retrouver dans le maquis réglementaire où se croisent mille juridictions? Comment, face aux biotechnologies triomphantes et conquérantes, assurer les équilibres nécessaires?

Dans son introduction, Frédéric Thomas fait allusion à une nature mise au travail, à la fois comme pourvoyeuse de biens (le soleil qu’elle engrange,..) et de services, dont l’homme retire une plus-value, une rente dont il peut jouer, qu’il peut inscrire au Nasdaq,…
Oui, une nature, une biodiversité soumises à la loi du marché.

Bien à vous,
Michel Ansay
08 août 2016.

Document téléchargeable

Le pouvoir de la biodiversité

Notes

1 Actuellement , le mot « biodiversité » a pourtant envahi le monde médiatique.

2 Le pouvoir de la biodiversité, Frédéric Thomas, pp. 9-40.

3 « Loué sois tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre,
qui nous porte et nous nourrit,
qui produit la diversité des fruits,
avec les fleurs diaprées et les herbes ».

4 Les pays du Sud reconnus comme tels par la CBD en oubliant sans doute la paysannerie locale.

5 Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV).

6 Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture » (TIRPAA, FAO, 2009)