Le problème technique

Un dossier, ESPRIT, Mars-avril 2017, n°433, pp.39-172.

Penser la technique comme un problème à la hauteur des questions de ce temps. Un problème et non pas la solution qui nous serait donnée de manière presque automatique. La solution qui nous est proposée, plus de gadgets, plus de vitesse, plus de compétition, plus d’inégalités, … est précisément le problème.

Paradoxe troublant parce qu’un « plus de technique, d’automaticité, de robotisation, … » est le choix de tous nos gouvernements.

Ce dossier porte un jugement que j’appellerais « extériorisé » par rapport à ce problème de la technique parmi nous.

Il commence par nous rappeler que l’outil prolonge et amplifie le travail de nos mains qui se prêtent dès lors à une multitude d’opérations.

Il évoque les vols extraterrestres des années 1970 qui ont montré la possibilité (rêvée,fantasmée,…) d’une autre vie parallèle, sur la lune, sur mars,… ?

Rêve toujours que celui des transhumanistes qui ont la prétention de démultiplier nos avoirs : intelligences artificielles, prothèses cérébrales, … et pour ce faire, tentent d’annexer Theilhard de Chardin qui fut un prophète du dépassement non pas vers un plus d’avoirs mais vers un plus d’être.

Confrontation avec les machines qui se sont libérées du savoir des hommes et de la décision par les hommes. Elles pensent plus vite que nous, elles prendront mieux que nous les décisions nécessaires.Pourra-t-on toujours leur dire non ?

En effet, la machine s’est « émancipée » (ex manu opere), elle a pris la main, a dessaisi l’homme de son savoir-faire, de son travail qui était sa participation à la vie communautaire et sa fierté.La robotisation de nos sociétés est inéluctable ; 50 % des postes de travail seront occupés par les robots.

On rétorquera que face aux périls l’homme a toujours, par ses technologies, su, inventé,innové…L’économie sera dématérialisée, les technologies seront vertes, les cités seront « smart ».Mais tout cela a un coût en énergie , en matériaux rares difficiles à recycler. Comment inventer une société post-croissance ?

Il faut détruire l’État, c’est le mantra des conseillers de Donald Trump, le remplacer par un gouvernement algorithmique, liquider les lois qui empêchent le fonctionnement du marché.Nous sommes entrés dans l’âge de la folie ordinaire du désordre généralisé et Florian (15 ans) : « « vous les adultes, vous ne comprenez rien à ma génération, nous ne rêvons plus, nous n’aurons pas d’enfants, nous n’aurons pas de travail, nous sommes la dernière génération ».

Il y a des bifurcations, des embranchements qui indiquent des chemins de traverse. Il faut envisager le travail hors emploi.

3 articles traient la question de l’éthique face à la technique. La réflexion refuse un manichéisme stérilisant.

Le premier ne veut pas séparer la production par les mains humaines et les productions par le non-humain : plantes, animaux,…Ce qui compte c’est l’usage car il n’est pas possible d’empêcher l’homme, la nature de « faire ».

Les nano technologies posent un problème particulier en ce sens qu’elles ne créent pas une nouvelle discipline mais s’ajustent pour les rendre plus performantes, à toute une série de technologies.Il ne faut pas les penser seulement dans la perspective d’une d’évaluation (technology assessment), pour édicter des normes d’usage,des règles de sécurité en fonction d’objectifs commerciaux.On veut un questionnement plus radical : comment vous positionnez-vous face à l’homme, à la nature ?

Enfin, ce questionnement plus radical se veut à mi-chemin entre la technophobie et la technophilie.Nous devons comprendre les machines si nous ne voulons pas qu’elles soient en puissance de nous gouverner un jour.Il faut être présents quand quelque chose s’invente avant qu’elle ne soit imposée par la main invisible du capital.

En conclusion ? Il y a une horloge dite atomique à l’université de Chicago. Elle fut inventée au moment où les savants atomistes redoutaient une conflagration générale entre URSS et le monde occidental. Elle est périodiquement remise à l’heure quand la politique internationale se fait inquiétante, en particulier ces jours-ci quand la question du climat est mise en doute par la plus grande puissance mondiale.Elle nous indique le temps qui nous sépare de l’apocalypse.

Une apocalypse qu’une paresse, un déni de savoirs, un choix vaniteux nous empêchent d’envisager.

Quel chemin? Nous sommes arrivés à une bifurcation.Un choix de vie simple qui n’est pas celui d’une vie simplifiée. Par une cafetière électrique high-tech.

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Dossier: le problème technique