Le siècle des technosciences (C. Bonneuil et D. Pestre)

Histoire des sciences et des savoirs sous la direction de Dominique Pestre
3. Le siècle des technosciences, volume dirigé par Christophe Bonneuil et Dominique Pestre.

De ces trois lourds volumes, je ne retiens que le troisième qui concerne plus directement notre siècle et de ce troisième volume (508 p.), seulement quelques chapitres. Car si c’est un tour de force par les auteurs, de couvrir un sujet aussi vaste, ce serait au-delà de mes capacités de m’approprier des concepts, des langages qui débordent une sphère de compétences très restreinte.
J’ai donc choisi de lire et de commenter parfois, les chapitres les plus liés à la biologie (santé, génétique, environnement, développement, diversité humaine,bio-pouvoirs, genre,..).
Les co-directeurs ont en vue d’écrire une histoire des sciences et des savoirs, non pas comme une somme qui serait écrite d’un seul point de vue, par un auteur unique qui couvrirait l’ensemble des questions traitées.

Ils ont donné la plume à des auteurs très divers, surgis souvent d’ écoles américaines, de plus en plus nombreuses et qui , profondément, réfléchissent sur le sens d’une société emportée par la science, se construisant selon son « logos », prisonnière d’ une certaine vision du monde.

Oui, une vision du monde émerge, partagée par la plupart des auteurs. Il s’agit d’une science, de savoirs pilotés par la vision néo-libérale pour laquelle, par un tour de main technologique, tout peut devenir marchandise : une séquence de DNA,une variété végétale, un processus agricole, un corps humain, une pratique infirmière,…
L’homme peut « faire » au laboratoire, pratiquement tout : féconder un embryon, porter un fœtus dans un utérus artificiel, transformer un sexe en un autre, augmenter un homme, bouleverser un paysage, créer une cellule bactérienne synthétique,insérer une puce dans le cerveau…
Mais il y a trois questions à se peser:

  • celle des risques (les identifier, les prévenir, les réparer s’il y a lieu, s’y résoudre et les tolérer, s’y adapter enfin).La question de l’acceptation d’un certain niveau de risque dans un monde dangereux revient souvent dans ces contributions pourtant indépendantes.
  • celle des éventuels dommages à l’homme et à l’environnement.

  • celle du pouvoir (bio pouvoir) de ces « innovations »1 ou au contraire, des résistances à y opposer.

Dans notre lettre 32, nous évoquions au contraire, la puissance de la parole, l’irruption de la parole2 pour s’opposer à ce bio pouvoir interstitiel:
Elle est
adresse car elle interrompt le discours solipsiste, tourné vers l’ego, oblige à la communion, au partage, transforme le « je » en « nous ».

Deuxièmement, le langage a une fonction symbolique. Un mot, un objet, un animal ont une signification qui les dépasse. Un animal représente beauté, force, attachement,…L’art a ce pouvoir de transformer, de contester : une pomme n’est plus une pomme.Un taureau se transforme progressivement en devenant des lignes, des rectangles, des carrés de toutes couleurs sous le pinceau de l’artiste. (Van Doesburg, (La libre culture, 06 avril 2016).Voir encore les non moins célèbres taureaux de Picasso, les dessins de la préhistoire (Lascaux).

Enfin, la parole est récit. Elle donne épaisseur au temps, signification à la mémoire et aux événements, témoigne, interprète.

Ce livre est plus qu’une histoire, une philosophie de l’existence arrimée à la science et aux savoirs . Mais on se demandait paraît-il, si Foucauld était un philosophe ou un historien ?

Voir aussi le blog: http://partagesavoirs.blogspot.be

Michel Ansay
7 avril 2016

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Histoire des sciences (en 3 volumes)

NOTES

1 Puisque l’innovation est le moteur de nos sociétés. »la gestion de l’innovation aux Etas-Unis au XXème siècle peut se résumer en trois verbes: contrôler, accélérer et acheter ». (C. Lécuyer , Manager l’innovation, ce volume, p.437).

2 Ghislain Lafont, Que nous est-il permis d’espérer ? La nuit surveillée, Cerf, 2009,327p. « Au commencement était le Verbe » (Jean, 1,1).