Les aliments fonctionnels

Opinion

Les aliments fonctionnels.

De la science,des savoirs et des pratiques. Le mot de la génétique.

A qui profite la science?

La thèse si intéressante de M. Hendrickx1 est-elle pertinente par rapport à notre débat : « d’autres savoirs »?

Ce qui fait mal, c’est la prétention de l’industrie alimentaire de parler au nom de la science.

La thèse analyse en tout cas, sous l’angle de l’anthropologie, la constitution , au nom de la science, d’une constellation de savoirs soigneusement étiquetés, répertoriés au service d’un aliment dit « fonctionnel » en ce sens qu’il « booste  » ( pardonnez l’expression) une fonction du corps, ce qu’une alimentation normale ne pourrait faire à elle seule.

Ce sont des savoirs coalisés au service d’une ou plusieurs molécules dont l’action sur l’organisme peut se lire, notamment, à l’aide de bio-marqueurs. Ils montrent un corps modifié et indexé (par exemple, un cholestérol abaissé,…) mais pour faire quoi? Pour réduire un risque? Mais ce n’est pas prouvé. Si ce l’était, la substance serait-elle un médicament? Le jus de citron n’est pas un médicament, et pas encore (jusqu’à nouvel ordre) un aliment fonctionnel et cependant, il protège contre le scorbut! Ni médicament, ni aliment fonctionnel, il appartient à la nourriture de tous les jours! formidable statut!

Deux réflexions:

Les facteurs de risque sont nombreux. Dans le désordre ? Obésité, cigarette, tension, exercice physique, sexe, alimentation, assuétudes alimentaires,… Une équation à multiples variables! La seule action sur l’une d’entre elles (en l’occurrence, le cholestérol) serait d’un poids suffisant?

De plus, quelle substance n’aurait qu’un effet? L’organisme est un tout. Il utilise à droite et à gauche les mêmes matériaux, les transforme, les métabolise à sa guise. Ses récepteurs reconnaissent, sont plus ou moins sensibles. C’est un véritable puzzle d’actions et d’interactions qui construisent à la fois du même et du surprenant, d’un individu à l’autre2.

Il n’ y a pas d’humains quintessentiels! Il n’ y a pas d’essentialité humaine (M. Singleton3) sinon des avatars. L’ Homme n’existe pas sinon comme un assemblage auto-organisé de cellules avec un grand degré de liberté. Seules quelques idéologies ont réussi (?) pour un certain temps à réunir les hommes derrière une seule étiquette.

On peut se demander s’il est possible de fonder une science de l’aliment fonctionnel qui n’est, au fond, qu’une donnée statistique moyenne. C’est un abus de termes que de se parer de l’autorité de la science. La science interroge autant qu’elle découvre, dévoile. Certes, ce qu’elle « découvre » se prête à de nouveaux dialogues avec les choses , le vivant,…  Et ces dialogues ou ces savoirs s’ouvrent sur des prises de pouvoirs, des actions rhizomatiques, des pratiques 4,de nouvelles perspectives économiques….

La pluralité des réponses à un médicament ou a un aliment fait l’objet de nouvelles branches disciplinaires aussi bien en pharmacologie qu’en science de la nutrition. Pour cette dernière, il s’agit de la la nutrigénétique et de la nutrigénomique 5. L’une et l’autre étudient la variabilité des réponses d’un individu à son alimentation, les interactions entre gènes, régime alimentaire et apparition de maladies chroniques. Pourquoi tel régime, identique, promeut-il chez les uns, la susceptibilité à une maladie cardio-vasculaire ( par exemple) et pas chez les autres?

Comment faire face? Et si la science permettait de formater des régimes cousus mains pour chaque individu?6 Nouveaux savoirs transformés en nouvelles pratiques, nouveaux bénéfices(!).

Pour qui?

A qui profite la science? C’est une partie de nos thématiques. 

M. Ansay 13 09 14.

 

NOTES

1  http://www.spiral.ulg.ac.be/fr/presentation/equipe-spiral-a-z/kim-hendrickx

2  LR Ferguson écrit ceci dans le résumé d’un article (Nutrigenomics approaches to functional foods , J. Am.Diet.Assoc., 2009, 109, 452-458). »Par définition, les nourritures fonctionnelles apportent à la santé des bénéfices qui dépassent les effets des aliments eux-mêmes.Cependant peu sont accompagnés d’allégations relatives à la santé, en partie parce que les réponses de l’homme sont variables ». (Ma traduction).

3  « Le singulier est-il ce qu’il y a de plus substantiel … » , M. Singleton, Amateurs de chiens à Dakar, Academia-Bruylant, l’Harmattan,1998, p.99.

4  I. Stengers. Une autre science est possible, La découverte, 2013, p.71.

5  L’une parle de la manière dont le corps « traite » les médicaments (ou la nourriture), l’autre de la manière dont ils (les médicaments ou la nourriture) « traitent » le corps.

6  Des tests existent pour trouver le supplément nutritionnel adapté à votre DNA.