L’évaluation technologique: l’ETC et Laudato Si

Le groupe ETC 1 (Canada) est une association de la société civile dont un des buts est l’évaluation citoyenne des (nouvelles) technologies.

Vingt années de développements technologiques accélérés n’ont pas permis d’apporter des solutions aux crises alimentaires, énergétiques, climatiques.

Au contraire, ne se sont-elles pas approfondies ? Dans un contexte d’espoirs insensés mis dans le développement des technologies, dans un contexte que l’on voulait appeler le développement durable ?

A-t-on assez , pour en étudier les risques, évalué certaines technologies (pour n’en citer que 3) : géo-ingénierie, nano technologies, biologie synthétique ?

N’est-il pas temps, en vertu d’un nécessaire principe de précaution, d’informer la population,de la convier à participer à une évaluation citoyenne ?

Laudato Si, un point de vue d’ETC.

Le même groupe, dans un communiqué de mai 2015, commente l’encyclique et il le fait à partir à partir de son lieu d’expertise, l’évaluation technologique.

Le pape était un jeune prêtre quand la théologie de la Libération tomba en disgrâce aux yeux de la hiérarchie catholique. Cependant, on peut actuellement, noter des rapprochements. En 2014, en 2015(en Bolivie),des rencontres avec les mouvements sociaux (dont le groupe ETC) pour discuter ce qui a été décrit par certains comme l’acte II de la Théologie de la libération, la Libération par la technologie2.

Clairement le pape donne la priorité aux solutions socio-économiques dans leur acceptation « théologie de la Libération » plutôt que dans celle (« libération par la technologie ») qui triche en avançant que l’humanité doit laisser l’industrie inventer les réponses technologiques adaptées à tous nos problèmes économiques, sociaux, d’équité.

Le commentaire s’appuyant sur le texte de Laudato Si (L.S.) fait une première remarque.Le pape en appelle à une sorte de révolution (§533) pour protéger «  la Terre  mère ». Ciblant l’industrie des matières fossiles, il demande des actions déterminées et déterminantes pour se libérer de ce carbone fossile tout en disant sa méfiance pour les « crédits carbone ». (§171).

Le pape ne recule pas devant la confrontation aux sociétés multinationales qui imposent leurs lois aux gouvernements.Il prône un système multilatéral par lequel gouvernements et société civile recouvrent leurs droits.Il fait en effet la constatation que les technologies sont sous le contrôle des multinationales, que les gouvernements et l’industrie, de concert, ont une confiance aveugle dans les technologies (techno-fixes). Voilà ce qui est dangereux ! L’encyclique en appelle au principe de précaution basé sur l’évaluation technologique (§1354,1775,186,187,1886).

Ce commentaire rédigé avant la conférence de Paris dit qu’il n’est pas possible que les multinationales continuent d’extraire leurs gigantesques réserves carbonées (estimées à des millions de millions de millions ’106x106x106‘ de dollars) tout en respectant l’objectif d’un «zéro net carbone » en 2100.

Le pape ne fait pas une allusion directe à la géo-ingénierie dans ses deux composantes principales : le nuage de sulfates dans l’atmosphère ; l’extraction du CO2 et son stockage.Le pape ne veut pas qu’une petite élite technologique contrôle le thermostat terrestre !

De manière semblable,il s’attaque aux oligopoles qui contrôlent la chaîne alimentaire. Les petites fermes protègent la terre, renforcent la biodiversité, produisent la majeure partie de l’alimentation mondiale.Il appelle à un dialogue ouvert à propos des productions génétiquement programmées  (§135); il met en garde contre les infos biaisées et de manière explicite, rejette l’introduction des semences stériles, suicidaires (§1347), ce que nous appelons la technologie « Terminator ».
Cette mise en garde intervient au moment où le Congrès brésilien envisage une législation qui permettrait de commercialiser « Terminator » et cela en dépit d’un moratoire de l’ONU qui bloque cette technologie.

S’éloignant un peu de l’encyclique, le commentaire d’ETC fait allusion à un débat, impulsé par le G778 et la Chine, dont le Brésil, l’Inde et l’Égypte se font les champions et qui promeut la création d’un mécanisme qui considère non seulement la question du transfert de technologies (non-yet-existing , non encore existantes) mais aussi leur évaluation. Les États-Unis et le Royaume-Uni y sont farouchement opposés.

Soyons clairs, continue le commentaire. Le pape n’est pas opposé à la science et à la technologie. Il met tout son poids derrière les conclusions de l’expertise scientifique du GIEC. Il reconnaît le rôle de la science quand il s’agit de répondre au changement climatique et à diverses questions sociales.

Le pape a retenu la leçon de Galilée et de Copernic, il est clairement du côté de la science mais pas du côté du profit, des technologies associées qui mettent en péril Sœur Terre et ses citoyens.

Peu avant Paris, la conférence qui s’est tenue à Addis-Abeba (juillet 2015)9 devait ouvrir à des possibilités d’évaluation des technologies et constituer ainsi une première étape en vue de « libérer la technologie de l’oligopole des multinationales ».

Nous reprendrons dans nos prochaines lettres quelques thématiques de l’évaluation technologique, principalement à partir des études de l’ ETC. Nous prolongerons ainsi les lettres « 6 » sur l’économie verte, « 10 » sur la propriété intellectuelle, « 16 » sur le climat, « 29 » sur l’agriculture itinérante avec une mention des crédits carbone, « 31» sur la justice environnementale, « 36 » avec Naomi Klein,…La lettre 37, était consacrée à Laudato Si.

Le 14 janvier 2016

Michel Ansay , Joseph Gatungu

NOTES

1 « Le Groupe ETC travaille pour aborder les problèmes socio-économiques ainsi que écologiques entourant les nouvelles technologies qui pourraient avoir un impact sur la population plus pauvre et les plus vulnérable au monde. Nous examinons l’érosion écologique (y compris l’érosion des cultures et des droits de l’homme); le développement de nouvelles technologies (en particulier agricoles, mais aussi d’autres technologies qui travaillent avec la génomique et la matière); et nous surveillons les questions de gouvernance mondiale, y compris la concentration et le commerce dans le domaine technologique. Nous opérons au niveau politique mondial. Nous travaillons en étroite collaboration avec des organisations de la société civile (OSC) partenaires et avec les mouvements sociaux, en particulier en Afrique, en Asie et en Amérique latine ».

2 Sans doute un jeu de mots un peu facile et ambigu mais qui touche !

3 « …avant que les nouvelles formes de pouvoir dérivées du paradigme techno-économique ne finissent par raser non seulement la politique mais aussi la liberté et la justice ».

4 « …il est nécessaire d’avoir des espaces de discussion… »

5 « ..;encourager les bonnes pratiques., pour stimuler la créativité qui cherche de nouvelles voies, pour faciliter les initaiatives personnelles et collectives ».

6 « Dans certaines discussions sur les questions liées à l’environnement, il est difficile de parvenir à un consensus. Encore une fois, je répète que l’Église n’a pas la prétention de juger des questions scientifiques ni de se substituer à la politique, mais j’invite à un débat honnête et transparent, pour que les besoins particulier ou des idéologies n’affectent pas le bien commun ».

7 Il faudrait citer tout ce paragraphe 134. Allons-y!
« Même en l’absence de preuves irréfutables du préjudice que pourraient causer les céréales transgéniques aux êtres humains, et même si, dans certaines régions, leur utilisation est à l’origine d’une croissance économique qui a aidé à résoudre des problèmes, il y a des difficultés importantes qui ne doivent pas être relativisées. En de nombreux endroits, suite à l’introduction de ces cultures, on constate une concentration de ces terres productives entre les mains d’un petit nombre, due à « la disparition progressive des petits producteurs, qui, en conséquence de la perte de terres exploitables, se sont vus obligés de se retirer de la production directe ». les plus fragiles deviennent des travailleurs précaires, et beaucoup d’employés ruraux finissent par migrer dans de misérables implantations urbaines.L’extension de la surface de ces cultures détruit le réseau complexe des éco-systèmes, diminue la diversité productive, et compromet le présent ainsi que l’avenir des économies régionales. Dans plusieurs pays, in perçoit une tendance au développement des oligopoles dans la production de grains et d’autres produits nécessaires à leur culture, et la dépendance s’aggrave avec la production des graines stériles qui finissent par obliger les paysans à en acheter aux entreprises productrices ».

8 En réalité 134 membres, membres d’une coalition de pays en développement.

9 Financement du développement: les dirigeants dn et la démeu monde franchissent une étape historique vers le développement durable avec un « Programme d’action d’Addis-Abeba » qui ne laisse personne sur le bord de la route:

Dans leur marathon pour réaliser le développement durable et éliminer la pauvreté d’ici 2030, les chefs d’État et de gouvernement et représentants des États Membres de l’ONU ont franchi aujourd’hui une étape décisive en adoptant le « programme d’action d’Addis-Abeba » au terme de plusieurs mois de négociations, apportant ainsi une « conclusion heureuse » à la Troisième Conférence internationale sur le financement du développement qui se tenait depuis le 13 juillet à Addis-Abeba, en Éthiopie.