Lire Jacques Musset

Voici un livre qui compte. Au-delà des adjectifs.

Il existe et donne à penser. Qui, quoi ? Dieu tout simplement ! Dieu, la grande question, sans réponse, au-delà de toute vérification, de toute preuve. Dieu au-delà du savoir ? Dieu non réfutable ?

Mais Dieu de l’expérience, du chemin, de la proposition. Quand l’homme au bout ou au cours d’ un chemin d’exigence, de recherche d’authenticité et d’intelligence, d’histoire humaine, opte…

Cette option n’est pas chargée de valeur ou de non valeur, sa seule condition, la liberté, la libre pensée.

L’auteur est chrétien. Toute une vie à la tâche d’en découvrir le sens. Au niveau d’un parcours personnel, au niveau de l’histoire d’un peuple. Dans des contextes en évolution constante.

Il fait des constations. Si Dieu existe, les hommes en 3 millénaires, ont considérablement changé leur regard. On a pu parler de la « naissance de Dieu ». Force est de constater que Dieu a changé ou plus exactement, que le dire des hommes a été maintes fois modifié.

Il s’est toujours trouvé des institutions, des hommes pour maintenir un certain fixisme quant à la nature des rapports avec la divinité. Et des hommes, au contraire, pour en contester le côté intangible.

Du côté catholique, précisément,une certaine inertie, une lourdeur à accepter l’entrée dans une nouvelle ère1.

Pour l’auteur, chaque homme, engagé dans un chemin d’authenticité, est « mû » , par une exigence d’humanité, de vécu vrai, de pensée juste. Ce qui est important, c’est la réponse à cette exigence et non la nomination. Nomination qui peut varier grandement entre les hommes, certains l’appelant Dieu, Yahvé, Allah,…Nyambe, Ymana,…Nomination impossible pour l’athée.

Ce que je constate, n’ayant rien d’un théologien,c’est que « Dieu » se trouve mais ne s’impose pas à l’intelligence, à la raison. Il est le « cri de la rue »2, voire l’Étranger qu’accueille Abraham,.3.. pour l’auteur, celui que désigne comme son père un Jésus, Juif du 1er siècle, laïc et non prêtre,…

Parfois, certains essayent de dire « Dieu » et n’y arrivent pas. C’est le courant de la théologie négative. Un Dieu que l’homme ne peut enfermer dans des formules. On peut simplement dire ce qu’il n’est pas.

« Je sais une source qui jaillit et qui fuit,

mais c’est de nuit » (Jean de la Croix).

De Rûmî, un penseur musulman : « gardez-vous de dire que vous avez compris ! La compréhension est de ne pas comprendre ».

Le Dieu de Jésus

L’osmose entre Jésus et son Père est si parfaite que l’on peut parler, je crois, du Dieu de Jésus-Christ. Jésus est celui dont les actes, les engagements correspondaient exactement à l’intuition, à la nécessité de parler vrai, à l’authenticité d’une vie. Je le dis autrement : « Jésus était le seul à correspondre en tous points à ce qui lui était « soufflé » de la part du Père.

Difficile de dire Jésus dans un contexte de réchauffement climatique, dans un contexte de propositions scientifiques en matière de procréation, dans un contexte d’inégalités planétaires. « Il faut empêcher ou réparer l’injustice avant de donner aux pauvres, aux œuvres, aux ONGs, etc. Avant d’être compassion, l’amour est juste. Et la justice appelle l’égalité »4.

Un livre qu’il faut lire. Le résumé que voici n’en évoque que faiblement la force et le renouvellement des regards qui s’imposent. J’ai « embrayé » comme on dit, j’ai même introduit des petites contributions personnelles.

Michel Ansay

31 octobre 2015

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Dieu à repenser (J.Musset), commentaires de M.Ansay

Notes

1 Très récemment (octobre 2015), le Cardinal Marx déclarait « Il faut avouer que ce sujet du changement climatique n’était pas aussi prééminent dans l’Église par le passé », a reconnu le président de la Comece et de la conférence épiscopale allemande. La situation a changé, « c’est la preuve que l’Église peut aussi apprendre du monde et lire les signes du temps à la lumière de l’Évangile », a remarqué le cardinal Marx. (La Croix).

2 R. Kearney, Dieu est mort, vive Dieu,NiL,2011,p.202.

3 Pour Levinas, « c’est le mot le plus chargé de sens… :c’est l’interlocuteur invisible et silencieux à qui je m’adresse pour savoir qui je suis et pour devenir ce que je sens devoir être ». Joseph Moingt, Temps présent,2010,p.45.

4 J. Moingt, Croire quand même, Temps présent, 2010, p.217