Lire Jean-Claude Bologne

Une mystique sans Dieu

Albin Michel, 2015,326p.
« Dieu existe, je l’ai rencontré « le titre d’un livre d’ André Frossard.
« A Notre-Dame de Paris,le 25 décembre 1886, jour de Noël,.j’étais debout, près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie » affirme de son côté, Paul Claudel.
De la même manière, Jean-Claude Bologne témoigne qu’une mystique sans Dieu existe. Je l’ai vécue peut-il dire et « on y survit ».
Il a fallu des années, 40 ans et des compagnons de route trouvés chez les romanciers,les poètes, les philosophes pour donner un nom à quelque chose, à un événement de vie, pour témoigner d’une expérience :

  • qui ne peut se raconter.
  • qui donne certitude (mais non preuve).
  • qui affirme une unité foncière de la réalité (de l’univers)et qui refuse toute division : bien et mal, passé, présent et futur, haut et bas.

Pour l’auteur, l’expérience mystique est une donnée fondamentale , primitive, antérieure à toute pensée religieuse.
Il y a coexistence d’une mystique religieuse et d’une mystique non-religieuse. Mais il est vrai que la seconde a tardé à trouver ses marques par rapport à la mystique religieuse qui avait occupé tout le terrain de la réflexion, du témoignage.
La mystique non religieuse a pendant longtemps trouvé son vocabulaire, son cadre de pensée dans les auteurs chrétiens et J.-Cl. Bologne s’est véritablement nourri de Maître Eckhart. Il évoque les mystiques chrétiens (rhéno-flamands) qui ont parlé de ces instants sans Dieu: « Porete qui s’en désencombre, Ruusbroec qui l’oublie, Maître Eckhart qui s’en délivre, Mechtilde qui s’en aliène, Hadewijch qui ne peut plus y songer » (182).
Le chemin de l’auteur (« Marcheur, il n’y a pas de chemin, Le chemin se construit en marchant ») (A. Machado), naviguant entre poètes et philosophes, mystiques chrétiens et athées, évitant les pièges des « états modifiés de la conscience », « EMC » (ce fourre-tout, ce bric-à-brac), résistant aux annexions, défendant une spécificité voire une indépendance,une antériorité, se défendant de raconter mais revendiquant une place parmi les hommes,…
Car ce qui aujourd’hui valorise l’expérience mystique n’est plus la référence à Dieu , mais le changement induit dans la vie de celui qui l’a vécue.
Pour le vieux croyant (au Dieu de Jésus-Christ) que je suis, un compagnon de chemin.

M.Ansay
25décembre 2016.

 

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PS:  On peut regretter, la rencontre eut été fructueuse, que l’auteur n’ ait pas commenté Michel de Certeau qui, outre son œuvre de scientifique, a beaucoup écrit sur la mystique (la fable mystique,XVI-XVIIème siècle,1987). Juste ceci : « cela veut dire que chacun d’entre nous ne peut pas vivre sans ce que nous ignorons, sans un au-delà de nous-mêmes que nous ne connaissons plus, ou pas encore, ou que nous ne connaîtrons jamais ». (L’Étranger, Desclée de Brouwer, 1991, p.10). Il parle un peu plus loin de l ‘Autre, c’est-à-dire de «celui qui ne cesse de manquer ».

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