Lire Naomi Klein

« Tout peut changer .
Capitalisme et changement climatique ».
Naomi Klein
Actes Sud, 2015, 626 p.

Une passion pour la vie. C’est ce qui surgit en moi au moment de refermer ce gros livre. Et pourtant, dans un sujet aussi grave, il s’agit de brider tout emportement, de se dire qu’il faut raison garder, adopter plutôt le froid visage de l’objectivité, prendre distance…

Partir donc de bases saines : ce sont celles que le GIEC met à notre disposition. Se fonder sur ses conclusions. Elles nous disent (selon 97 % des experts rassemblés) :

  1. La terre s’est réchauffée suite à des émissions d’origine anthropique, d’équivalents CO2.
  2. Si l’on veut maintenir ce réchauffement sous la barre des 2°C(par rapport à l’époque pré-industrielle), il faut diminuer notre production de CO2 (qui pourtant, actuellement, est toujours en train d’augmenter), tendre vers une économie carbo-neutre.
  3. De ce réchauffement, on voit les conséquences : perturbations climatiques affectant principalement les « malchanceux géographiques», phénomènes extrêmes, acidification des océans,…

Avec ce livre,nous entrons de plein pied dans la crise, dans l’urgence climatiques. Le titre au ton prophétique nous dit que « tout peut changer » en même temps qu’un sous-titre avertit : « capitalisme et changement climatique ».

Titre et sous-titre sont donc à la fois un appel prophétique à un changement radical « tout », à une espérance, à nos responsabilités morales et un diagnostic socio-économique sans concession.

C’est aussi une des difficultés de ce livre. Le plus souvent, un chapitre s’ouvre sur une « étude de cas »1 Ce cas est situé dans sa complexité humaine, socio-économique, environnementale, politique, ..difficile donc d’élaborer des distinctions tranchées, non répétitives. Tout est mêlé, interdépendant. Il faut se méfier d’un trop grand simplisme. « Mieux vaut un désordre vivant qu’un ordre mort » disait déjà, Charles Péguy.

Et cela même s’il est vrai que le livre « avance », nous emporte au fil de ses trois parties :

– 2 solitudes
– la pensée magique
– parce qu’il faut bien commencer quelque part.

Le message de ce livre, au-delà des faits scientifiques, des analyses économiques, … est la voix toujours plus forte de peuples entiers qui se dressent contre l’injustice climatique.

Une autre caractéristique nous amène à constater que ce livre est porté par la personnalité de l’auteure qui y exprime un éco-féminisme nourri de son expérience personnelle, de son désir de fécondité, d’accomplissement en tant que mère.En ce sens , ce livre est aussi un appel à restaurer la fécondité de la « terre-mère ».

Je me promènerai donc à travers ce livre: la bonne quinzaine de thématiques suivent grosso modo le déroulement de ce livre que l’on a déjà comparé au « printemps silencieux »de Rachel Carson.

Dans la lettre prochaine, je rendrai compte de 3 voix qui comptent dans la question du climat et de sa signification plus générale : le pape François, Sunita Narain du CSE (Inde), Martin Khor du South Centre.

Michel Ansay
12-07-2015.

 

Document téléchargeable

Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique