Nus, embobinés

Cet article est consacré à l’érosion du pouvoir et du savoir citoyens dans des sociétés qui se sont construites sur un modèle englobant, oubliant la solidarité entre les individus, les peuples, les générations. Il traite d’Internet qui est un fait de civilisation ayant le pouvoir de rapprocher les gens, de les informer, de distribuer les savoirs. Un potentiel inouï des ordinateurs, potentiel qui se multiplie par deux tous les deux ans à peu près, sans beaucoup changer les prix.

Mais Internet peut aussi penser à notre place. La puissance informationnelle nous a pris en revers : nous sommes observés : nous demandions des informations, nous voici à notre insu, donneurs d’informations … à vendre. Et ces infos nous reviennent car elles dessinent, définissent un type de consommateur qui sera ciblé par plus d’infos encore, emprisonnantes.

Dans un prochain article, nous évoquerons une manière de gérer les relations au sein de l’Etat, des administrations, de l’Université. C’est la « nouvelle gestion publique » (new public management) copiée sur les grandes entreprises américaines au sortir de la dernière guerre. On en constate les dégâts au sein des personnes ramenées à leur seule ressource humaine, capital à développer, au service de l’entreprise, de l’administration, …

« Nus », comme le suggère le titre de ce premier livre que nous analysons brièvement1.

Nus face à la complexité d’un monde qui se gère par une surveillance tous azimuts (mais qui nous surveille?), par des technologies voire des objets qui réfléchiront à notre place, trouveront des solutions à toutes nos questions, identifieront les futurs terroristes, nous conseilleront dans nos lectures, remplaceront les infirmières par des robots, …

« Embobinés » dès l’école, dite « avec écran » ou « école numérique ». Un autre livre2 en analyse les possibles dérives. Il s’agit là, d’une prise de pouvoir par les multinationales s’imposant dans l’école. Aidées par une peur de ne pas être « up to date », en accord avec son temps, d’être « en retard ». Cependant : « les prophéties les plus enthousiastes sur l’efficacité, l’attention des élèves, la révolution pédagogique ont été finalement presque toujours démenties ». Les aspects écologiques, sanitaires, financiers, sociaux,.. méritent aussi un examen. La paresse, la solitude, voire les non-savoirs, les autres savoirs (comme nous disons souvent ) ont aussi leurs vertus.

Nus, bien embobinés, face à un pouvoir qui petit à petit tente de s’imposer aux Etats, de régir les esprits, de fabriquer les citoyens de demain en s’attaquant à l’école des enfants.

Michel Ansay

15/11/16

Documents à télécharger

Nus (d’après le livre « L’homme nu , la dictature invisible du numérique », Marc Dugain et Christophe Labbé, 2016, 197p.)

Embobinés (d’après le livre « Le désastre de l’école numérique », P. Bihouix et M. Mauvilly, Editions du Seuil ,Paris, 2016, 230 p.)

NOTES

1 « L’homme nu, la dictature invisible du numérique », Marc Dugain et Christophe Labbé,Plon, 2016,197p. Lettre 58.1.

2 « Le désastre de l’école numérique, Plaidoyer pour une école sans écrans »,Philippe Bihouix, Karine Mauvilly, Seuil, 2016,230p.Lettre 58.2.