OJE (organisations de justice environnementale) et université

Quand la base invente ses concepts.

Une écologie du bottom-up

La base? Il s’agit des organisations luttant pour la justice environnementale1. Elles sont réunies par le projet international EJOLT : « Environmental Justice Organisations, Liabilities and Trade ».

Une importante rencontre s’est tenue à Bruxelles ce 3 mars 2015. Elle réunissait plus de 100 participants de 30 pays. C’est l’occasion de faire connaissance avec ce projet , ses thèmes2, ses rapports, …

….et surtout son atlas de la justice environnementale.Impressionnant. Une plate-forme « on-line » pratique et intuitive nous permet de localiser, d’identifier , de regrouper, de classer les conflits ayant trait aux matières premières, à l’eau, aux déchets, au climat,… Nous pouvons sélectionner par type de conflit, identifier les multinationales impliquées,… Une base de données réalisée par l’action conjointe d’activistes et de scientifiques.

… un thème particulier de cette réunion porte sur les questions de réparation, de protection des populations exposées à la malédiction des matières premières. Quelle législation internationale peut les protéger ? Peuvent-elles ester en justice contre des multinationales ? Il faudrait que des crimes soient reconnus par des cours internationales ou au moins européennes, par exemple, l’écocide. Quelle cour criminelle internationale faut-il créer ? Quelle législation, quels tribunaux peuvent protéger les droits menacés de ceux qui défendent, au péril de leur vie3,4, l’environnement au profit des futures générations et des plus pauvres ?

…mais aussi ce qui rentre plutôt dans les objectifs de cette série de lettres un vaste étude 5 co-signée par une vingtaine d’auteurs coordonnés par J. Martinez-Alier.

Le titre est explicite6. Entre l’activisme et la science : « concepts de base en soutenabilité inventés par les organisations de justice environnementale ».

J’y trouve pour ma part, une vraie reconnaissance de ces « savoirs autres » qui sont un peu le thème de nos lettres précédentes. Le résumé de l’article fait l’inventaire de quelques-uns de ces concepts dont la société civile fut à l’origine : justice environnementale, dette écologique, épidémiologie populaire, racisme environnemental, justice climatique, biopiraterie, souveraineté alimentaire, « déserts verts », « l’agriculture paysanne refroidit la terre », accaparement des terres, ogonization, responsabilité des multinationales, écocide,….

Il y a davantage, au long de ces 40 pages : mille luttes pour la justice environnementale. Comment sont-elles nées ? Comment se sont-elles cristallisées en un concept nouveau et mobilisateur, transformées en slogans et en banderolles ? A partir de quel sentiment d’injustice suite à des pollutions, des accaparements de terres, des leaders emprisonnés ou tués,des biodiversités piratées, des inégalités et des injustices quant à l’accès à certains services essentiels : eau, propreté publique, transports urbains,… ?7

Il y a aussi des exemples de collaborations réussies entre les savoirs universitaires et les savoirs de la base, des activistes.

Michel Ansay 13 avril 2015.

 

Document téléchargeable

OJE et Universités

 

 

1En Belgique (francophone), il me paraît que la question de la justice environnementale est reprise par JUSTICE ET PAIX . A. Ocampo (justice climatique) et S. Fischer (minerais à l’est de la RDC) y consacrent deux papiers dans une récente livraison (n°90, 2015).On peut aussi citer Alternatives Sud (Syllepse) avec des numéros spéciaux : Industries minières 2013),Économie verte (2013).Mais bien d’autres organisations s’y impliquent directement ou indirectement.

2Les thèmes : énergie nucléaire, pétrole gaz et justice climatique, biomasse et conflits de terre,eau, mines, santé environnementale, législations et institutions, consommation, dette écologique,…

3Selon Mariel Vilela présent à cette rencontre, en Amérique latins, 908 cas de meurtres ont été portés devant la justice. Seuls 34 d’entre eux ont abouti à une condamnation.

4Présentée par Jan van de Venis, la plate-forme GRRROWD : Grrrowd est un nouveau mouvement de crowdfunding soutenant des actions légales du genre « David contre Goliath » pour la défense des droits économiques, sociaux et environnementaux dans le monde entier. La justice est alimentée par le peuple.

5J. of Political Ecology , 2014, 21, 19-60.

6Martinez-Alier, J.,  Anguelovski, I., Bond, P., Del Bene, D., Demaria, F., Gerber, J.-F., Greyl, L., Haas, W., Healy, H., Marín-Burgos, V., Ojo, G., Firpo Porto, M., Rijnhout, L., Rodríguez-Labajos, B., Spangenberg, J., Temper, L., Warlenius, R., Yánez, I. (2014) Between activism and science: grassroots concepts for sustainability coined by Environmental Justice Organizations. Journal of Political Ecology, 21: 19-60 http://jpe.library.arizona.edu/volume_21/Martinez-Alier.pdf

7Un sentiment de révolte, comment pourrait-il en être autrement quand un dirigeant de multinationale répond aux villageois dépossédés  par un méprisant: « propriété privée » !