Parcours de la Reconnaissance (Paul Ricoeur)

Paul Ricoeur (1913-2005)

J’aurais pu intituler cette lettre : « mon Ricoeur ». Une manière de reconnaître ce que ce grand philosophe m’a apporté. Je ne suis pas philosophe (mais qui ne l’est pas à ses heures?) sinon comme « ami de la sagesse » qui cherche à orienter son regard sur le monde tel qu’il nous est donné de le vivre.

Le livre que nous résumons est le dernier de Paul Ricoeur, raison de croire qu’il fut une sorte de testament ?

L’introduction montre que le mot « reconnaissance » peut être utilisé à la voie active ou à la voix passive. Je reconnais Monsieur X , toutes ces années l’ont blanchi, mais c’est toujours lui !

Hegel d’autre part, parle d’une lutte pour être reconnu.C’est le sens de combats humains « j’existe ! », de combats pour des changements de société ( luttes ouvrières,écologiques, anti-coloniales,peuples opprimés,…),« nous existons ! ».

1. Se reconnaître soi-même

Je suis très frappé par la distinction entre mêmeté et ipséité.

La mêmeté est ce qui ne change pas, indifférente aux effets de l’âge, attachée qu’elle est à une formule chimique (car qu’est-ce que le DNA sinon une séquence de bases?), à un câblage cérébral, à une stabilité que seules des méthodes modernes (le génie génétique) parviennent à orienter vers de nouveaux acquis, de nouveaux potentiels.

Je suis homme, je suis femme, je suis né(e)e le …., une série de déterminismes, … 1
L’ipséité se réfère plutôt à une unité de vie par rapport aux choix que j’ai faits, aux libertés que j’ai prises, aux actions que j’ai choisi de mener, aux paroles qui m’ont engagé (lors d’une promesse), aux responsabilités que j’ai assumées,… Tout cela compose une vie, lui donne une unité que je peux éventuellement raconter.

2. La reconnaissance mutuelle.

Voilà que l’autre en face de moi se met à exister. Mon regard rencontre son regard, ne le survole pas.Ses savoirs et sa culture sont reconnus, ses traditions de vie, les valeurs qu’elles supportent, partagées, … Mieux, je me sens convoqué par lui, sommé de répondre à son appel. Quelle réponse ?

Le livre se termine par une longue dissertation sur le don, le contre-don, plus exactement sur le « donner, recevoir, rendre ». S’agit-il d’un autre échange marchand par lequel le don exige en retour un contre-don ? Ou au contraire, ne faut-il pas, dans le « recevoir » reconnaître que l’on est simplement reconnu ? Oui, j’existe à tes yeux,… ( C’est le sens du combat d’écrivains comme Achille Mbembe,…)

On ne sort pas de ce livre comme on y est entré. En le lisant, on devient « le propre lecteur de soi-même ».

Michel Ansay (02/03/2018)

NOTES

1 Attention ! Car l’identité idem repliée sur soi-même, oubliant l’identité « ipse » (qui promet à l’autre), est un terreau où se développe la tentation identitaire.

Document à télécharger

Parcours de la reconnaissance