Peut-on se libérer de ses gènes? L’épigénétique.

Ariane Giacobino, Stock, 2018, 238p.

Ce livre a ceci d’original qu’il mêle une recherche et des résultats scientifiques de haut vol avec la considération de leurs implications personnelles et sociétales et curieusement (ce qui donne à ce livre une partie de son charme) des allusions fréquentes à sa vie concrète : les enfants, les voyages, les souris, voire un bon repas avec son mari,…

Mais commençons par l’aspect scientifique.

Il s’agit, après et avec d’autres, de la part de notre environnement (physique et psychique) dans la gestion, dans le contrôle de l’activité notre ADN. Le phénotype peut changer, le génotype reste lui-même.

Notre corps est attentif aux signaux qui lui viennent de toutes parts, de l’intérieur (cellules proches, hormones,..) ou de l’extérieur (environnement, stress,cocaïne,..).

Les gènes ne sont pas seulement sur « on » ou sur « off ». Leur activité peut être modulée par la présence de « marques », en l’occurrence des groupements méthyle1 qui se fixent sur les « cytosines » de la chaîne d’ADN.

Un effet des pesticides ? L’étude de deux d’entre eux, le méthoxy-chlore et la vinclozoline2. Les résultats montrent qu’en ce qui concerne les marques, elles révèlent le fait qu’un gène peut devenir silencieux (marques présentes et abondantes) ou au contraire très actif (marques effacées) et que cela pourrait se perpétuer dans la descendance119. Ces conclusions sont cependant controversées : « pas possible! » dit-on . Au fil des temps cependant, le lien entre toxicologie et épigénétique se resserre.

La question du psycho-social. De lourdes épreuves (violences sur les enfants, stress avec souffrances) ont ce même effet. On constate aussi que ce marquage peut subsister en passant chez l’enfant. Dans cette recherche menée de pair avec les psychiatres, on se pose la question : peut-on évaluer l’intensité de la douleur ? Les psychiatres ont des questionnaires bien étudiés mais ne sont pas à l’abri ddes dangers d’une évaluation subjective. Avec les marques, la souffrance deviendrait quantifiable ! « La signature épigénétique de la souffrance est là » s’exclame l’auteure.

Une consultation de génétique.

Parallèlement à son œuvre scientifique, l’auteure poursuit une consultation de génétique. Il s’agit, notamment de la trisomie 21 (évaluation du risque, diagnostic prénatal,…), des questions de fertilité, notamment chez l’homme avec une diminution du nombre de spermatozoïdes. L’auteure mène des études au Rwanda : quelles conséquences pour l’enfant né de mères ayant vécu , au cours de la gestation, le génocide ? Quelles séquelles psycho-traumatiques sur les descendants des esclaves ? Même question pour les enfants nés de migrants ? Question annexe, l’augmentation des marques est sans doute réversible mais le phénomène reste à étudier.

La vie de tous les jours.

Une vie professionnelle archi-remplie mais qui ne prend pas toute la place! Il y a donc d’autres choses importantes. La famille (ah ! ces deux garçons!), un mari, la rencontre de situations complexes ou douloureuses, la longueur des rayons consacrés au lait dans les grandes enseignes de magasins aux États-Unis, les souris.

Parfois le bonheur de voir que les résultats sont au rendez-vous de l’hypothèse.

Reste une interrogation car le titre du livre est bien une interrogation : « peut-on se libérer de la fatalité de ses gènes ? ».

Oui, c’est possible ! Mais il faudra en core beaucoup d’études, de travaux pour le préciser et l’évaluer. Pour moi aussi, le grand danger, c’est que les marques (l’exposition des parents aux pesticides, les violences subies, leurs conséquences dans le chamboulement du fonctionnement des cellules), puissent se transmettre aux enfants.

Michel Ansay

180818.

http://partagesavoirs.blogspot.be (le vieux grenier où je stocke mes lettres).

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Peut-on se libérer de ses gènes? L’épigénétique.

NOTES

1 Il y a d’autres liens (acétylation,..), d’autres moyens ,par les histones, notamment, pour moduler cette activité de l’ADN.

2 Bien connus pour leurs effets sur la reproduction.