Pour l’homme ou pour l’animal?

A propos d’un article de la FAO1.

Livestock : On our plates or eating at our tables ? A new analysis of the feed/food debate.

Anne Mottet et al. 2017.

Quand les animaux prélèvent dans l’assiette des pauvres pour améliorer celle des riches.

En anglais, cela paraît plus succinct. Feed (nourriture pour l’animal) or food ( nourriture pour l’homme).

Les questions que je me pose.

Elles sont du genre: comment nourrir les hommes d’aujourd’hui? La réalité est donc que un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim2 . La deuxième réalité est que la population mondiale va s’accroissant et que plusieurs scénarios s’entrecroisent pour en évaluer les trajectoires. Une troisième constatation est que certains mangent 250g de viande par jour, alors que d’autres, par conviction citoyenne ou politique, -ils se partagent entre végétariens, végétaliens, voire végans-, ont drastiquement réduit leurs prélèvements sur l’animal. Il en est encore d’autres qui ne voient guère la couleur de la viande3 et qui souffrent des maladies des pauvres comme on dit en Inde.

Le sujet est trans disciplinaire par essence puisqu’il mêle justice sociale, problèmes environnementaux (CO2 équivalents, biodiversité,…), allocation des terres, voire équilibres alimentaires4,…

La FAO a le grand mérite d’aborder de front au moins deux de ces paramètres : bétail et climat5 d’une part et, dans l’article que nous résumons, elle présente, au niveau global, une nouvelle analyse du débat feed/food. Nourrir le bétail /nourrir l’homme6.

Plus exactement, un troisième partenaire s’invite dans cette discussion : les terres cultivées ou cultivables. Elles se prêtent à quels appétits : humains ou animaux ? Les tensions sont donc : nourriture pour l’homme, nourriture pour l’animal qui devient aussi nourriture pour l’homme, terres arables pour l’homme ou pour l’animal ? Il faut avant d’aller plus loin constater que les pâtures, la plupart d’entre elles (pas toutes7) sont broutées par le seul bétail qui en constitue donc la valorisation ultime.

Cet article important se situe dans le contexte de la « sécurité alimentaire globale ». Il ne peut refléter toute la diversité de la problématique (races animales spécialisées ou non , régimes alimentaires, méthodes d’affouragement ou d’élevage8…). Toute généralisation est donc dangereuse.

Le débat s’échauffe quand il est question du blé, que consomment les animaux à l’engrais et qui est ainsi soustrait à l’assiette des pauvres.Quand il est question aussi du soja presque totalement utilisé comme biofuel ou en alimentation pour le bétail. Quelles quantité de terres leur sont allouées ?

Le document téléchargeable ci-dessous détaille ces points et présente des questions relatives à l’avenir.

Michel Ansay

NOTES

1FAO, Food and Agriculture Organisation
.Selon la FAO, la faim touche désormais 1,02 milliard de personnes. La majeure partie des personnes sous-alimentées proviennent de la région Asie-Pacifique (642 millions), suivie de l’Afrique subsaharienne (265 millions), de l’Amérique latine (53 millions) puis d’une région comprenant le Proche-Orient et l’Afrique du Nord (42 millions). Dans les pays développés, 15 millions de personnes souffrent de la faim.

2Mais les habitudes alimentaires importent aussi. Il y a des maladies des pauvres comme il y a des maladies des riches, écrit « down to earth » (février 2015).

3Quand nous étions à Butembo(RDC), fin des années 90, on abattait chaque semaine une vingtaine de bovidés…pour une population de quelque 600 000 habitants. Environ 6000 kg de viande, chiffre dérisoire de 10 g par personne par semaine..

4Il faut reconnaître aux productions animales ce qu’elle apportent au régime humain, global, une part non négligeable de calories (18%) et de protéines(25%) . A côté de cela, des vitamines ( riboflavine, vit.A. , vit. B12,…) du calcium, du fer, du zinc,…Le bétail est resté dans certains endroits, un animal de trait;il peut enrichir le sol. Un éleveur du Burkina Faso disait : « l’animal nourrit le sol, le sol nourrit l’animal ». Le petit élevage contribue enfin à un revenu, notamment pour la femme restée au foyer. .

5On connaît bien le fameux titre : « the livestock long shadow », un grand soupçon est porté sur le bétail.Il s’agissait du rapport Steinfeld de la FAO (2006), actualisé récemment,Gerber, Steinfeld et al.(2013). En résumé, le bétail se voit accusé d’être à la source d’une grande quantité de GES (gaz à effet de serre), à hauteur de 7,1Gt de CO2equ., c’est-à-dire de 18 % à peu près des émissions totales, globales d’origine anthropogène.

6Livestock : on our plates or eating at our tables ? A new analysis of the feed/food debate. Anne Mottet, Cees de Haan, Alessandra Falcoucci, Gioseppe Tempio, Carolyn Opio, Pierre Gerber, in Global Food Security, 14,2017,1-8.

7En Argentine par exemple, les immenses étendues où paissait un bétail surveillé par des gauchos sont transformées en immenses champs de culture pour produire des bio fuels ou du soja ( à 90 % pour de la nourriture de bétail)

8On distinguera par exemple, les élevages industriels des élevages familiaux (dits « back yards, c’est à dire de la cour de la ferme, en semi liberté,…). Les productions animales se répartissent ainsi : lait, œufs, viande,…). Un génie artisanal, plein d’inventions, ne se lasse pas d’y ajouter goût, arômes, présentations,,….On oublie la laine, le cuir, le fumier sous sa forme liquide ou solide,…).

Document téléchargeable

Pour l’homme ou pour l’animal?