Un épais brouillard (à propos du livre Brouillards toxiques » de Alexis Zimmer)

Dans le livre que nous recensons, un des mots-clés, punaisés un peu partout, est le mot « experts ». Il s’agit d’une sorte de prise de distance, voire un doute1 par rapport à des savoirs « experts » (ils couvrent grosso modo les années 1800-1930) qui n’ont pas pu affronter les intérêts financiers, industriels qui pourtant menaçaient des vies et des santés, polluaient des environnements. Les plaintes, les savoirs « civils » ont été dévalués, abaissés. Une sorte de cécité par rapport aux faits pourtant patents, par rapport à des contestations populaires.

Certes, avec l’auteur, nous prenons conscience de « l’entremêlement » des choses, des situations, des intérêts, des géographies.

La situation qui prévalait dans la région au cours de ces années-là relevait pensait-on d’un phénomène local (qui disparaissait au-delà d’un rayon de 2 km) et passager, lié à des circonstances météo exceptionnelles qui entravaient le mélange, la dilution des airs. Les dégâts à la santé2 , l’excès de mortalité étaient dus à une constitution affaiblie, à de mauvaises habitudes,à des prédispositions,… rarement à ce que tout le monde savait ou ne criait pas assez : « ces poussières d’usines tuent ! ». Dans le camp opposé, on célébrait l’action des acides pour leur contribution à la destruction des « miasmes » porteurs de maladies contagieuses.

Les pollutions de la vallée de la Meuse, pollutions industrielles essentiellement, ont dans nos sociétés modernes (à Londres, à Paris) mis en cause les voitures diesel (mais pas seulement) et incité à la mise en place de règlements, d’améliorations techniques toujours insuffisantes puisque « La Libre Belgique»3 nous dit qu’à Londres la pollution de toute origine (particules fines, SO2) tue 10 000 personnes par an.

Phénomène local ? Notre siècle voit les mêmes choses avec la lentille globale. En premier lieu, la vallée de la Meuse a exporté ses usines en Chine et contribue sans doute, pour une part, aux accumulations de poussières qui dans certaines villes du nord (toujours très dépendantes du charbon), ont des taux excédant 20, 30 fois les valeurs maximales admises. Ensuite, les gaz à effet de serre (CO2 et équivalents) s’accumulent et sont des menaces globales, notamment pour le climat.

Le point positif est ici l’engagement de la science, de milliers de scientifiques, d’académies du monde entier, par rapport au réchauffement climatique, autre dimension de la pollution. Mais une version sceptique affirme : « fixer des limites d’émission de CO2 est suicidaire dans le contexte économique »4. L’histoire de la vallée de la Meuse se répète au niveau global ?

Un point de vue intéressant est celui du pape François qui lie pauvreté et dégradation de la maison commune.

Enfin, l’auteur de ces lignes est vétérinaire et le livre d’Alexis Zimmer , par beaucoup de références, fait mention de déclarations, de constatations de vétérinaires qui à mon avis n’ont pas été entendues. Nous y consacrons un « encadré ».

Michel Ansay

15 décembre 2016

 

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Un épais brouillard

 

Notes

1 Le « doute », un mot clé de notre site: http://www.le-blog-de-socrate.net/presentation

2 J’ai pu récemment visiter le « musée de la mine », « Marcel Maulini » situé à Ronchamp (près de Lure, pas loin de Belfort, France). Ce qui m’a le plus frappé ce sont les photos d’une série de mineurs partageant une même date, une même fatalité: « morts à 57, 58 ans,.. ». Les photos dues au Dr Maulini montrent des poumons saturés de points noirs.

3 La LLB des 10 et 11décembre 2016.

4 Voir notamment, le 5ème rapport du GIEC: Les arguments climato-sceptiques réfutés en quelques mots puis en quelques lignes.