Une nouvelle terre

Dominique Bourg1.

Desclée de Brouwer, 2018, 236p.

A mes amis2 de rhéto

Un air de dé-composition voire même d’effondrement, d’une modernité qui se cherche. L’augmentation de son PIB ne la rend pas plus heureuse.

Ce qui fait l’unité de ce livre est sans doute, la conscience que nous n’avons rien que nous n’ayons reçu. Les milieux et les ressources ne sont pas produits par les sociétés mais nous sont donnés.

Nous sommes pour reprendre Paul Ricoeur, dans une problématique, voire une équation: « donner, recevoir rendre ». La nature donne, abondamment ; comment recevons-nous ses dons? que rendons-nous en vue d’un échange égal?

L‘anthropocène est justement cette époque au cours de laquelle nous avons beaucoup reçu, « marqué » notre terre de manière irréversible, indélébile sans avoir eu la volonté ou l’occasion de lui rendre en retour (en forêts, en biodiversité, en terres habitables, …). Des changements sont irréversibles, on ne rendra pas le climat tel que nous l’avons reçu.

Cette terre, modelée par la civilisation industrielle est très fragile. Peut-elle s’effondrer? Menacée par la raréfacion des ressources naturelles, la destruction des éco-systèmes, l’effondrement toujours possible d’un système financier, la croissance démographique? Nous qui professions une maîtrise sans partage, qui parlions volontiers en termes de victoires, n’avons-nous pas au contraire, perdu la main, la maîtrise du climat. Les pertes en biodiversité, en sols, seront-elles réparées?

On parle parfois de risques3. Ils peuvent être couverts par une assurance. Mais assure-t-on contre les dégats climatiques dans leur diversité, leur globalité?

Une plongée dans le temps va aux racines de notre volonté de performances. Serait-ce le christianismme comme l’affirme dans un article princeps, de Lynn White en 1967? Le christianisme, la religion la plus anthropocentrique du monde!

Mais Lynn White, dans cet article de la prestigieuse revue américaine « Science », reconnaît que le même christianisme a proposé une alternative en la personne et l’oeuvre de François d’Assise.

Le pape François, dans son encyclique « Laudato si » rejette cette incrimination et se place sous la bannière de François d’Assise . Pour ce dernier: « créés par Dieu, tous les êtres naturels sont frères et soeurs ». Une critique sociale sévère s’en suit: les mêmes mécanismes frappent les pauvres et la nature; un paradigme techno-scientifique est élevé à la hauteur d’un credo universel.

Entre l’animisme et le naturalisme à la Philippe Descola, que choisir4 ? L’animisme des Indiens Achuar qui partagent avec la nature, une même intériorité: « les femmes parlent aux plantes comme à leurs bébés ». Le naturalisme qui constate des parentés physiques, physiologiques évidentes mais qui au nom d’une différence (aujourd’hui largement contestée) d’intériorité se prévaut d’une sorte de pouvoir despotique sur la nature?

Pour Dominique Bourg, l’analogie entre le pouvoir soviétique, (un pouvoir totalitaire ) et le système néo-libéral est plus que troublante.

Le « how much? » a contaminé toutes nos catégories: celles du vrai, celle du beau, celle du juste, celle du légitime, celle des libertés.

Un exemple en est donné dans le secteur des graines. Seules les graines inscrites dans un catalogue officiel des espèces et des variétés végétales peuvent être proposées à la vente. Ce qui exclut beaucoup de petits semenciers. Cependant, en se regroupant, au nom d’un empowerment commun, d’une capabilité5 collective, des groupes de toutes sortes se lèvent et prospèrent.

S’il n’est pas vrai qu’il n’ y a pas d’opposition frontale entre science et technologie, on analysera de plus en plus les problèmes en termes d’éthique. Par exemple, en ce qui concerne les animaux. L’éthique, en cette matière est de plus en plus posée en termes de droits ou en termes d’éthique utilitariste. Pour la première: « si les hommes ont des droits, pourquoi les animaux n’en auraient-ils pas? » Ils sont les « sujets d’une vie », ils ont une valeur inhérente.

Pour les utilitaristes, la question n’est pas: « peuvent-ils raisonner? , peuvent-ils parler? ». Elle est: souffrent-ils? ». Un utilitariste s’autorisera à consommer de la chair animale sil est assuré que l’animal a eu une « vie bonne « , digne d’être vécue.

Ira-t-on vers une société plus respectueuse du « donné » naturel? Quels seront ses contours? On réduira et on contemplera. Réduire ses appétits de consommation: n’est-il pas trop vrai que ma consommation est l’envers honteux d’une spiritualité qui malgré tout se cherche: « je consomme; donc, je suis ».

L' »individualisme possessif » qui a réduit la propriété « feuilletée », (le même bien appartenant à plusieurs personnes) sera revisité. Une des plus fortes contestations de l’ordre néo-libéral.

On ira vers des techniques s’appuyant sur des recherches avancées, multidisciplinaires comme la permaculture, l’agro-écologie,..

On cherchera tous azimuths, dans les religions d’Orient et d’Occident, on consultera les arborigènes et les scientifiques, …un vrai pluralisme (salmigondis?) spirituel.

Michel Ansay

070718.

http://partagesavoirs.blogspot.be  (le vieux grenier où je stocke mes lettres).

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NOTES

1 Dominique Bourg, philosophe, est Professeur à l’Université de Lausanne. Il a écrit de nombreux livres, notamment sur la pensée écologique.

2 Hélas, nous n’avions pas encore d’amies dans notre classe.

3 Ce matin, la radio nous dit que les agriculteurs veulent être protégés des risques climatiques

4 Mais il y a aussi le totémisme et l’analogisme.

5 Amartya Sen juge la « capabilité » d’un inividu de faire des choses qu’il a des raisons de valoriser.